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Bon ben voila, après des mois à supporter l’insupportable, à accepter l’inacceptable, à tolérer l’intolérable, j’ai très poliment (« Surtout, être conciliante et souriante, être conciliante et souriante, être conciliante et souriante… ») réagi à la bêtise l’acharnement une réaction anodine reçue de la part d’une amie. Parfois, il suffit d’une goutte d’eau pour faire déborder le vase…

Pour remettre les choses dans leur contexte, il faut savoir que cette amie (que nous appellerons Mme Caliméro) a rencontré quelques difficultés pour avoir son 2ème enfant. Avant de pouvoir le serrer dans leur bras, Mr & Mme Caliméro auront attendu 2 ans, ce qui, je le concède, est particulièrement long (15 mois avant un test positif). D’autant plus long qu’elle a plusieurs fausse-couche très précoces à son actif. Elle n’avait jamais consulté jusqu’à la dernière fausse-couche, où elle est allé voir Dr X, qu’elle m’a chaleureusement recommandé par la suite… Un cycle d’Estima aura suffit à voir le miracle se produire.

Sauf que Mr & Mme Caliméro n’étaient plus sûrs d’eux. Et puis, Mme Caliméro (je vous l’accorde, elle n’a pas de bol), s’est tapé un diabète gestationnel. Donc avant même sa conception et sa naissance, ce 2ème enfant leur causait de sérieux ennuis… Et lorsqu’il a enfin montré sa petite frimousse, ça a été le drame !!! Mr & Mme Caliméro ne supportaient pas qu’il ne fasse pas ses nuits comme le 1er. Et ils passaient le plus clair de leur temps à clamer à qui veut l’entendre que leur enfant était « chiant » (je cite) !! « Il ne fait pas ses nuits !! Il bouge beaucoup !! Il est comme ci, il est comme ça… » Cet enfant, très intelligent, a sans doute compris l’image que ses parents avaient de lui (en même temps, ils se plaignent de lui en sa présence !!!), car il se trouve qu’il s’est conformé à leurs attentes. Résultat: à presque 2 ans, il ne fait toujours pas ses nuits complètes.

Mais du coup, ça rend presque Mr & Mme Caliméro jaloux de chéri et moi !!! Et donc, ils ne cessent de nous dire: « Profitez-en !! »; « Quelle chance de ne pas avoir d’enfant !! Je vous jure, ça change la vie !! »; « Ce gamin, c’est une des pires épreuves qui nous soit arrivée!! »; « Quand on me dit qu’il est mignon, j’ai envie de dire aux gens: prenez-le !! »………………

Compatissante et empathique, je ne disais rien, jusqu’à ce fameux: « Et t’as réservé une babysitter??? » balancé après que j’ai organisé un week-end en bord de plage (ouais, c’est la classe de pouvoir se baigner toute l’année !! 😉 ) et suggérer aux volontaires d’aller se déhancher en boite de nuit !! J’avais eu la même réponse le jour où je leur avais proposé d’aller au cinéma (sachant qu’une amie proposait de garder les gamins): « Et on fait quoi des enfants??? »

Cette petite phrase anodine n’est pas bien méchante, sauf que je n’en peux plus des jérémiades de Mr & Mme Caliméro qui parlent de leur enfant comme d’une merde à tout le monde, et qui nous jalousent de ne pas arriver à procréer !!!!!!!! Donc voici la réponse que j’ai formulé…

« Chère Mme Caliméro,

J’ai choisi de t’écrire ce mail parce que j’ai besoin d’exprimer des choses qui n’arrivent pas (plus ?) à sortir par voie orale.

J’ignore si tu as remarqué que ces derniers temps, on a pris un peu nos distances. Si ce n’est pas le cas, alors tu l’apprendras via ce mail, dans lequel je vais essayer d’expliquer les raisons.

Voici plus de 2 ans qu’on essaye de concevoir ce 1er enfant. 28 mois exactement… Ce n’est pas juste long, c’est une éternité pour nous !!! Il a fallu surmonter les nombreux échecs successifs en essayant toujours de relever la tête et de faire bonne figure, parce que faire bonne figure, c’était encore la seule chose qui me permettait de ne pas sombrer…

Durant ces longs mois d’attente, tu m’as souvent dit que tu étais toi aussi passée par là. Mais sans vouloir minimiser les difficultés que vous avez rencontré, je pense qu’elles ne sont pas comparables… Je sais que le désir d’enfant est le même, pour un 1er comme pour un 2ème, mais je ne suis pas certaine que l’angoisse de ne jamais avoir d’enfant soit la même… Et puis les traitements si lourds, qui te font gonfler pendant des mois et qui te donnent l’impression d’être enceinte de 4 mois, en te rappelant à quel point ton utérus reste désespérément vide…

Quoiqu’il en soit, vous ne vous en êtes peut-être pas rendus compte car vous êtes submergés par les difficultés que vous rencontrez avec Caliméro junior, mais depuis sa naissance, vous parlez essentiellement des difficultés d’avoir cet enfant, en nous rappelant parfois quelle chance on a de pouvoir dormir, alors que précisément on crève d’envie d’avoir de véritables raisons de ne pas trouver le sommeil (parce que c’est déjà le cas, sans bébé…). On crève aussi d’envie de ne pouvoir aller au cinéma, au sport, en boîte…

Simplement, on trouve des compensations et on essaye d’en profiter à fond, un peu pour oublier que oui, peut-être nous n’aurons jamais la chance que vous avez aujourd’hui d’avoir 2 enfants formidables et pleins de vie.

Entendons-nous bien : ce n’est pas la jalousie qui guide mes doigts sur le clavier, même si oui, je vous envie d’une certaine façon. Mais c’est surtout que c’est compliqué pour nous aujourd’hui de vous comprendre dans vos difficultés, même si on les entend, parce que nous-mêmes on est profondément blessés par ces échecs, particulièrement depuis la 2ème fiv.

Je ne veux pas que vous niiez vos difficultés, simplement, essayez svp, on vous en conjure, d’éviter ce genre de maladresses qui font particulièrement souffrir… Oui, nous n’avons pas d’enfant, et nous ne le savons que trop !

Nous aurons sans doute l’occasion d’en discuter prochainement.

Bises. »  

J’ignore comment nos relations vont pouvoir évoluer car aujourd’hui, je n’ai plus du tout envie de les côtoyer… Je sais qu’ils sont tellement englués dans leur problématique, qu’ils sont du coup centrés sur eux et incapables, à mon avis, de se remettre en question une seconde…

La pma est quand même éprouvante à tous les niveaux: physiquement, moralement, socialement… J’ai parfois si peur de tout perdre… M’enfin, si je les perds eux, vous me direz, ce ne sera pas une grosse perte !! Oui, mais quand même…

Je ne sais plus si j’ai précisé que nous vivons à La Réunion, dans cette île paradisiaque, certes, mais à la fois si isolée de nos racines… C’est un choix qu’on assume, mais vivre la pma loin du soutien de sa famille, ce n’est pas toujours chose aisée. Alors les amis finissent parfois par remplacer la famille, mais ils ne sont pas toujours à la hauteur malheureusement…

Bref, la pma a vraiment changé ma vie !!

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