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Décembre… Ses fêtes, ses illuminations, ses repas gargantuesques, son opulence, son sapin…

Ici, à la Réunion, Noël est bien différent du Noël de mon enfance, mais il avait un je ne sais quoi de féérique jusqu’à cette année.

Ici, décembre est le mois des mangues et autres letchis. C’est également le mois où tous les flamboyants se parent de leurs feuillages rougeoyant, pigmentant le paysage d’une ambiance colorée. C’est le mois de l’abolition de l’esclavage, qui est commémoré chaque année avec ferveur (cf l’article très intéressant de Mrsf à ce sujet). Partout dans l’île, les pétards explosent à l’unisson, tandis que la musique bat son plein. Tout ce bruit anime drôlement la vie des quartiers. Les sapins ont laissé place aux palmiers, ornés de mille lumières scintillantes. A cette époque, la chaleur se fait plus lourde, plus pesante. Les dépressions tropicales ou autres cyclones commencent à ramener leur lot de pluie torrentielle (et ce n’est pas pour rien qu’on appelle cette saison « la saison des pluies »!). L’eau translucide du lagon avoisine les 30°C et les oiseaux chantent au rythme de l’agitation dans les supermarchés. Le soir du réveillon, ce sont des centaines de feux d’artifice que des particuliers envoient illuminer le ciel depuis leur maisonnée.

Alors oui, ce Noël est bien différent du Noël de mon enfance, mais j’ai appris à l’aimer. Chaque année, c’est avec une pointe de nostalgie que, depuis le lagon, je repense au Noël qui m’a vu grandir. Le froid hivernal, qui pénètre tout notre être engourdi. Les nombreuses couches de vêtements isolants que l’on superpose en espérant combattre ce froid. Les marchés de Noël. L’odeur des marrons grillés. La neige, qui étend son manteau blanc. Le chocolat chaud que l’on savoure au coin de la cheminée (ou du chauffage, on fait ce qu’on peut!)…

Mais cette année, ici ou ailleurs, je ne suis pas à la fête pour ce Noël. Surtout depuis que j’ai repensé au tout petit être qui n’a pas bien eu le temps de grandir en moi, en ce mois de mars 2013… Ce(s) petit(s) être(s) en qui nous avions fondé tant d’espoirs, même très éphémères… Je me souviens de ces 14 ui. Quel bonheur, pour une fois, de ne pas voir un taux compris entre 0 et 1 !!! Alors oui, nous nous doutions bien que ça ne sentait pas bon ça puait la connerie, mais l’espace de 48h, avant la prise de sang suivante, nous nous sommes surpris à espérer si fort, qu’on a presque commencé à y croire… Chéri et sa main sur mon ventre. Nos supplications pour qu’il(s) s’accroche(nt). Nos projections dans l’avenir, que nous conservions chacun pour nous, secrètement, comme pour conjurer le mauvais sort et ne pas nous porter la poisse…

Décembre aurait été le mois où on aurait accueilli ce petit être, s’il avait choisi de rester lové dans mon utérus doudounet (au lieu de jouer les explorateurs comme sa mère). Il me plaît de m’imaginer avec lui, poser contre ma poitrine, lui susurrant mille mots d’amour, tandis que chéri serait au petit soin pour ses deux amours… Probablement que cette année (à évènement exceptionnel, décision exceptionnelle), nous aurions choisi de célébrer les fêtes en famille, autour d’un majestueux cryptoméria décoré spécialement pour l’occasion. Nos 4 chats, bébé(s) et nous…

Mais très vite, de petites larmes viennent effacer ce doux rêve éveillé et la réalité me rattrape.

Ce Noël, nous le passerons entre amis, à s’abreuver de bouffe et d’alcool pour, l’espace d’une soirée finalement bien ordinaire, oublié un peu ce que la vie ne nous a pas accordé…

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