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Ado, avec ma BFF, nous partagions la même envie d’adopter. Selon ma BFF, « Il y avait assez d’enfants malheureux dans le monde pour ne pas donner naissance à un enfant qui sera lui aussi malheureux: monde de merde!! Amen… »  En mode Daria (pour ceux qui connaissent…) couplé à Mère Thérésa.
De mon côté, j’avais très envie, quand je serai grande, d’adopter, mais je n’arrivais pas à expliquer le pourquoi du comment j’envisageais l’adoption comme une possibilité.

Puis nous avons vieilli grandi. Chacune de notre côté, nous avons posé les pavés de ce qui allait construire notre vie d’adulte responsable. On a rencontré un deux quelques mecs (pas tant que ça hein !!!) avant de trouver LE bon, celui avec qui on se voyait faire un long bout de chemin. Celui qui, un jour, ferait tomber toutes les réticences que nous avions vis-à-vis des choses conventionnelles et par trop traditionnelles de la vie, comme le mariage et les enfants « biologiques ».

C’est ma BFF qui a ouvert le bal. Le mariage, le bébé, le 2ème (en cours…). De mon côté, l’évolution s’est faite beaucoup (mais alors beaucoup!!) plus lentement. Il aura fallu que le désir de maternité (et surtout l’infertilité !!) pointe son nez pour que je considère le mariage autrement… C’est ainsi qu’un beau jour de juin 2013, après des années, nous avons envoyé non sans émotion notre demande d’agrément, quelques jours seulement avant de se dire OUI pour faire encore un long bout de chemin ensemble.

Après la réunion d’information à laquelle nous avions assisté au mois d’août, nous étions un peu découragés mais toujours motivés !! Nous étions allés au resto pour faire le point sur nos intentions de poursuivre ou non nos démarches. Août, c’est aussi le mois du tec de fiv 1 qui a lamentablement échoué (et pourtant, les 2 blastos étaient ma-gni-fiiii-ques selon la biolo !!!). Août, c’est aussi le début de la stim pour fiv 2 (tant qu’à faire, autant ne pas trop perdre de temps hein? L’horloge tourne parait-il…).

En septembre, l’échec cuisant de fiv 2 nous a alors conforté dans cette envie d’adopter. Nous en étions arrivés au stade de ne plus savoir si nous continuerions les essais pmesques. Trop longs, trop douloureux, trop épuisants, trop envahissants, trop négatifs… Septembre, c’est donc le mois de notre 1ère rencontre avec Mme Bienveillante, l’éducatrice spécialisée en charge de notre dossier.

Avec elle, le 1er contact s’est très bien passé. Elle nous a accueilli dans un bureau très exigüe et nous a prévenu: « Vous êtes chanceux, parce que j’ai dû batailler pour avoir un bureau !! Avant, je recevais les couples dans la salle de réunion, où il y a beaucoup de passages… » Ah oui, en effet, vu sous cet angle, pour évoquer son intimité par le menu, j’aime autant la ptite salle glauque et impersonnelle. J’ai juste une pensée émue pour les futurs parents adoptifs claustro…

Bref, donc Mme Bienveillante est une personne très gentille, douce et… très franche !! C’est donc non sans ménagement qu’après nous avoir demandé de décrire notre parcours, elle s’est empressée de nous avertir: « Alors vous verrez que j’ai pour habitude de ne rien cacher: je préfère être franche avec vous !! Si vous êtes en pma, la commission refusera l’agrément  à coup sûr !! »

J’avoue que j’ai dû ravaler mes larmes à ce moment-là, parce que je ne comprenais pas et que je trouvais ça profondément injuste… J’aurais pu lui en vouloir d’être aussi brute de décoffrage, mais d’un autre côté, je pense que c’était juste honnête et bienveillant. Au moins, nous savions à quoi nous attendre, sans nous faire d’illusions. S’en est suivi une discussion autour de la pma. Nous lui avons dit que nous n’étions vraiment pas sûrs de poursuivre ce chemin de croix, que ça nous prenait tellement de temps, d’énergie, de confiance… Personnellement, j’ai également insisté sur le fait qu’avant la pma et avant le désir de grossesse, du haut de mes 25 balais, j’avais déjà fait des recherches sur les démarches pour adopter. Que ce n’était donc pas juste « par défaut », mais que l’envie était là depuis bien longtemps !! Chéri, de son côté, a soulevé une question intéressante: « Et si jamais, par miracle, Julys tombait enceinte naturellement?? » Ce à quoi elle a répondu: « Oui, c’est une possibilité. Dans ces cas-là, l’agrément est caduque ou en tout cas il n’est pas le même, puisque vous n’avez plus le même profil. Il faut donc le modifier. »

L’entretien s’est donc poursuivi. Mme Bienveillante a cherché à savoir qui nous étions, mais sans jamais émettre le moindre jugement. On sentait que le regard qu’elle nous portait n’était en rien inquisiteur, mais plutôt affable, parfois ému… Chacun notre tour, nous avons été invité à évoquer notre parcours de vie: enfance, éducation, famille, études, métier. Ce fut l’occasion de se redécouvrir. Plus de 7 ans d’amour et jamais je n’avais été autant émue d’entendre chéri dire de ses parents, par exemple: « Ils ne sont pas parfaits, mais j’ai eu beaucoup de chance de les avoir. » C’est inexplicable, mais les larmes ont jailli sans que je ne puisse rien contrôler lorsqu’il a fait cette si jolie déclaration à ses parents, nous qui étions là en espérant voir notre projet parental (contrarié) aboutir un jour ou l’autre, de quelque manière que ce soit…

J’ai beaucoup apprécié qu’à l’évocation du décès de ma mère, elle précise qu’elle ne mentionnerait pas le motif dans le dossier: « Ce n’est pas nécessaire… » Parce que je dois avouer que ça faisait partie d’une de mes craintes: « Et si on me jugeait pour mon passé…? » Hier encore je m’interrogeais sur la question avec chéri, mais bon, le fait qu’a priori ça n’apparaisse pas dans le dossier me rassure un peu.

A la fin de l’entretien, qui a bien duré 2 bonnes heures, nous sommes allés déjeuner au resto. C’est ainsi qu’un petit rituel post entretien adoptif s’est instauré…

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