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D’aussi loin que je me souvienne, depuis ma plus tendre enfance, j’ai toujours eu des difficultés dans toutes les activités motrices. J’étais un peu « gauche », comme on dit. Et je n’ai jamais eu d’âme de sportive, je dois bien l’avouer. Au collège, le cross me gonflait, parce que je ne voyais pas l’utilité de faire des tours de terrain pour m’essouffler. Finir la course en tête? C’était bien le cadet de mes soucis ! Le dépassement de soi? Je me dépassais chaque jour à la maison lorsque je portais à bout de bras mes parents dépressifs… Et je me souviens qu’en maternelle, marcher sur une simple poutre était bien périlleux ! Mon équilibre était instable et fragile… Mais en grandissant, on apprend à se positionner différemment et à gagner en équilibre. Tout n’est que question de point de gravité parait-il…

marche oeufs

A l’école, j’avais une maîtresse qui répondait au doux nom de Mme Miel. Et elle était douce comme le miel… Un jour, un de mes petits camarades avait évoqué son grand-père, un homme que je découvrais mais qui pourtant était une figure locale !! Cet homme était funambule. Sa vie était suspendue à un fil. Je me souviens d’une image que je pense avoir transformé avec mes yeux d’enfant. Il marchait sur un câble tendu, sans aucune attache pour assurer sa sécurité, en direction de sa maison perchée là-haut dans les airs.

maison dans le ciel

Cet homme forçait mon admiration ! A chacune de ses démonstrations, à travers le monde entier, tout le monde retenait son souffle en admirant ses prouesses.

Hier, j’ai compris que j’étais moi aussi en équilibre. Un équilibre fragile et instable, comme lorsque j’étais petite, mais un équilibre qui me permet d’avancer malgré tout. Porter par un élan de vie, en ce moment, je suis hyperactive. Donc hier, même si la fatigue se faisait sentir, je n’ai pas décliné l’invitation de mes 2 copines ex-collègues pour le déjeuner. L’une, Mme Fly, est une personne un peu atypique qui n’est pas peu fière d’avoir eu une vie un peu débridée par le passé, à coup de LSD, cocaïne ou autres drogues bien douces. A l’occasion, elle apprécie d’ailleurs d’y retoucher, mais avec parcimonie, parce que, comprenez-vous, elle est mère aujourd’hui !! Elle a d’ailleurs mis 4 longues années avant de tomber enceinte. Et depuis la naissance de leur petite, il y a  plus de 2 ans, elle n’a pas repris de moyen de contraception et attend, toujours, l’arrivée du 2ème. L’autre copine, Mme Psychorigide, est une très jolie femme, qui a très bien réussi. Elle vient de se séparer se son mari, Mr Spontanéité. Elle a compris à la naissance de sa fille, conçue suite à une endométriose stade 4, ponctuée de 3 IAC et 1 FIV, qu’il n’était finalement pas le père qu’elle espérait pour son enfant. Point de non retour: circulez, y a rien à voir !

Quand elles m’ont demandé comment j’allais, j’ai dit que je me sentais plutôt bien en ce moment et je le ressentais vraiment comme ça. J’ai l’impression d’avoir été dépressive pendant mes presque 2 ans de PMA, sans même m’en rendre compte ! Et quand elles m’ont demandé où j’en étais et que je leur ai répondu « Nulle part », elles m’ont vivement conseillé de rencontrer un autre médecin, celui qui a permis à Mme Psychorigide de porter la vie. C’est d’après elle un expert en échos endo, seul capable d’avoir diagnostiqué le retour de l’endométriose… Dr Bisounours et Dr Dino n’avaient apparemment rien vu…

Leurs conseils m’ont forcément fait réfléchir…

Puis j’ai pris le temps de lire certaines nouvelles très jolies !! Miss Infertility, Lucette… Encore des copinautes qui quittent le quai et qui montent timidement dans le train, avec toutes les craintes que ça implique forcément.

Et là, de nouveau, j’ai ressenti ce petit pincement au cœur mêlé d’une immense joie. Et je m’en suis voulue, terriblement… Mais ce pincement au cœur, que vous avez toutes ressenti un jour, il n’est lié qu’à cette peur de rester seule à quai…

Pour ne pas me laisser envahir par ces sentiments négatifs, j’ai donc décidé de regarder un film. Et j’ai choisi « Yes Man », avec Jim Carrey. Voici le synopsis :

« Carl Allen est au point mort. No future… jusqu’au jour où il s’inscrit à un programme de développement personnel basé sur une idée toute simple : dire oui à tout ! Carl découvre avec éblouissement le pouvoir magique du « Yes », et voit sa vie professionnelle et amoureuse bouleversée du jour au lendemain : une promotion inattendue, une nouvelle petite amie… Mais il découvrira bientôt que le mieux peut être l’ennemi du bien, et que toutes les occasions ne sont pas bonnes à prendre… » (source Allociné)

Finalement, l’idée est d’apprendre à écouter ses envies et de dire « oui » (ou « non ») en fonction d’elles. Ca peut paraître tout bête, mais combien sommes-nous à vraiment écouter nos envies? On avance sans trop savoir ni où, ni pourquoi, un peu en tâtonnant du bout des doigts.

La nuit fut bonne, mais au réveil, panique à bord !!! Et un besoin irrépressible d’écrire… Je me rends compte que j’aspire vraiment à reprendre une vie « normale », mais que finalement, ça revient à faire l’autruche. Ca me fait du bien, d’ailleurs, de faire l’autruche, mais je sais que ça ne durera qu’un temps…

faire l'autruche

Toute la question est de savoir pourquoi j’ai choisi de fuir la PMA temporairement. Et l’évidence à frapper grâce à la journée d’hier, à ces annonces heureuses, à ces conseils amicaux… Je suis PERDUE !!! Perdue et seule…

C’est douloureux pour moi de l’admettre, mais je suis complètement paumée et je me sens de plus en plus seule. Je ne sais plus trop où est ma place parmi vous, avec cette impression, à l’aube de ma 3ème FIV, d’être une vieille routarde un peu usée. Je ne sais plus trop ni quoi faire, ni qui voir. A qui confier ce corps qui en a ras le bol de se faire triturer de l’intérieur? Qui n’a pas encore vu mon vagin? Mouarf…

La vérité, c’est que je crois que je me suis résigné… Je n’ai plus confiance ni en Dr Bisounours, ni en Dr Dino, et je me demande bien si j’ai encore confiance en la PMA… Quand je lis Little Wife et Miss Infertility évoqué leur doc, ou encore Bounty, une petite point de jalousie s’immisce timidement en moi… Je voudrais tellement avoir l’impression d’être considérée comme une patiente en souffrance, et non comme une cliente !! Je voudrais tellement que quelqu’un cherche véritablement ce qui cloche et pourquoi ça ne veut pas marcher après le transfert de 7 putains d’embryons foireux !! Je voudrais tellement savoir que la suite ne sera pas vaine et que je me gaverai d’hormones avec l’assurance de pouvoir grimper à mon tour dans ce maudit train qui se remplit !! Voilà mes envies !! Sauf que je crois que pour le moment, je n’y crois plus…

On dit que « L’espoir fait vivre », mais j’ai compris récemment que dans l’espoir, il y a l’attente. Et ce que j’ai découvert, c’est que l’humain ne se raccroche qu’au début de ce proverbe, alors que si on le lit en entier, ça donne: « L’espoir fait vivre, l’attente fait mourir ». Espérer? Se résigner? Je crois que finalement, le plus sage ce serait d’accepter. Accepter que les choses ne se passent pas comme prévu et qu’on ne connaitra le futur que quand il sera présent. Et laisser faire les choses…

Faudrait-il encore savoir quoi faire… Quand je vous lis et que je vois toutes les investigations qu’on vous propose, je me sens encore une fois bien en marge… Parce qu’à part une biopsie de l’endomètre, rien d’autre !! L’AMH, ça sert à rien. La fragmentation de l’ADN ou la décondensation de la chromatine, idem ! Quant au fait que mes ovocytes ont du mal à être fécondés par les spermatozoïdes de Chéri, à part émettre des hypothèses du type: « C’est ptet les ovocytes qui ont une carapace trop dure » (dixit Dr Dino) ou « C’est ptet les spermatozoïdes qui ont du mal à féconder » (dixit Dr Bisounours), là encore, aucune investigation proposée !! (Putain, mais t’as fait des années d’étude pour nous donner des « ptet que… » sans chercher à comprendre?!)

Je crois que le pire dans tout ça, qui m’a très largement incitée à ne pas enchaîner sur FIV 3 à l’aveugle, c’est qu’on est passé d’une cause expliquée avec Dr Bisounours (OMPK + OATS fluctuant) à cause inexpliquée d’après Dr Dino !! Autant dire que personne ne sait et que j’ai la fâcheuse impression de stagner… Du coup, j’envoie tout valser et j’attends que ça passe. « Ptet que » j’aurais des réponses qui vont me tomber toutes cuites dans le bec ?

Pour finir avec les citations, en voici une qui me parle beaucoup en ce moment: « Qui vit d’espoir meurt de désir ». Et vous savez comment est mort le grand-père funambule de mon camarade de classe, qui ne vivait que dans l’espoir de ne pas chuter ? Après avoir passé sa vie suspendu sur un fil, il s’est donné la mort, en décembre 2013, à l’âge de 82 ans…

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