« Ni les victoires de Jeux Olympiques, ni celles que l’on remporte dans les batailles, ne rendent l’homme heureux. Les seules qui le rendent heureux sont celles qu’il remporte sur lui-même. Les tentations et les épreuves sont des combats. Tu as été vaincu une fois, deux fois, plusieurs fois ; combats encore. Si tu es enfin vainqueur, tu seras heureux toute ta vie, comme celui qui a toujours vaincu. » – Epictète

Au lendemain du 70ème anniversaire du débarquement en Normandie (ne me dîtes pas que vous n’aviez pas vu l’info: difficile de passer à travers ces derniers jours…), je me sens de nouveau combative. Comment ne pas l’être, quand tant d’hommes se sont battus pour leur liberté et celle de leur peuple, au péril de leur vie?

Je ne vous ai jamais parlé de mon pépé. Pépé était un homme hermétique et fuyant. Il se montrait souvent mutique, sauf quand nous, ses arrières-petits-enfants, nous évoquions avec lui cette triste période de l’histoire qu’était la 2nde guerre mondiale, en le harcelant de questions. Pépé aimait raconter cette période. Il aimait se raconter. Sans doute par fierté, mais peut-être aussi par nostalgie du combat? Je me souviens comme ses récits attisaient notre curiosité d’enfant!

Pépé s’était engagé dans la résistance à l’âge de 33 ans. Il était maquisard et avait participé, à l’époque, à l’enlèvement d’une célèbre statue de bronze que les soldats allemands avaient pour dessein de faire fondre pour leur artillerie. Je me souviens avec émotion de ce jour où, en toute innocence, je lui avais demandé s’il avait déjà tué quelqu’un. Je ne voyais la guerre qu’à la télé, et pour moi, « tuer quelqu’un », ça ne représentait pas grand chose… Mais lorsque j’ai vu perler des larmes pour la première fois de ma vie sur les joues de ce vieil homme tremblant, à travers son silence, j’ai compris la valeur d’une vie humaine.

Pépé avait 33 ans, et dans quelques jours, je vais avoir à mon tour 33 ans… Je m’apprête dans quelques mois à reprendre les armes pour ce qui, je l’espère, sera mon dernier combat… Et, comme pour lui en son temps, j’espère que l’issue sera victorieuse ! Je pense que j’aurais vraiment le sentiment de sortir vainqueur, lorsque j’aurais réussi à remporter le combat que je mène contre moi-même.

Hier, j’ai déjà vécu une petite victoire personnelle… J’ignore si je suis étrangère ou non à ce qui va suivre, mais il me plait de penser qu’à force de parler de l’infertilité et de communiquer sur les progrès qu’il reste à faire en France, peut-être (je dis bien « peut-être ») que ça aura influé sur la décision de ma collègue… Collègue qui, hier donc, me contacte par sms pour me demander si j’ai un n° d’urgence AMP à lui communiquer. Mère de 2 enfants, refusant catégoriquement d’agrandir la famille, je me dis à ce moment-là, bêtement, qu’elle se renseigne sans doute pour quelqu’un de son entourage. Puis elle finit par m’annoncer qu’elle s’apprête à faire un don d’ovocyte, et qu’elle doit commencer son traitement le jour J !! Mais que sa pharmacie ne peut lui fournir de Cétrotide. Là, je tombe des nues… Et, au nom de toutes les galériennes qui attendent encore à quai, je lui ai dit un grand MERCI.

Je me souviens qu’en début d’année, j’avais évoqué le don d’ovocytes en salle des profs. Mes collègues m’avaient posé un tas de questions, mais j’ignorais que ça aurait pu avoir un impact sur l’une d’entre elle. Je trouve ça si courageux de subir ces traitements pour une autre que soi !!!

Alors, quand j’ai appris que dans quelques semaines, une fois de plus, j’allais devoir plier bagage pour aller dans une énième école, sans connaitre mon niveau de classe avant la veille de la rentrée, très probablement, ben ça m’a fait un gros pincement au cœur. Parce que pour une fois, dans cette petite école, j’avais su trouver mes marques et surtout, j’avais rencontré des personnes respectueuses et compréhensives, dont l’une est prête à donner de son temps et de ses gamètes pour aider des couples d’inconnus…

Donc, en conclusion, même si c’est difficile et que parfois, on peut se décourager, en mémoire de toutes ces personnes qui ont mené des combats bien plus difficiles et douloureux, et par respect pour celles qui se battent pour autrui, on ne peut pas baisser les bras !!

The show must go on…

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