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« Le pire, ce n’est pas de tomber, c’est de rester accroché au sol. Seul est battu celui qui renonce. Tous les autres sont victorieux. » – Paulo Coelho

Jeudi 3 juillet 2014

Quand on est prof, on ne raisonne pas comme le commun des mortels en années civiles, mais en années scolaires. Demain, je vais clore un chapitre de ma vie. Je vais finir de rassembler toutes mes petites affaires accumulées depuis des mois, déposer un baiser sur la joue de chaque élève qui m’aura honoré de sa présence et fermer la porte à clés sans me retourner, comme chaque année.

Cette année scolaire aura été à la fois enrichissante et éprouvante. Je crois que je vais garder dans mon cœur cette classe et cette école des années durant… Et je me souviendrais toute ma vie probablement de ce jour où, envahie par l’émotion, j’ai dû annoncer à ces petits, entre quelques larmes retenues, qu’un de leur camarade ne reviendrait jamais. Peut-être qu’ils se souviendront aussi longtemps de ce jour où, pour la première fois (pour la plupart), ils ont été confrontés à la mort…

Quoiqu’il en soit, si je fais le bilan de cette année scolaire, j’aurais fait de belles rencontres, j’aurais grandi encore un peu plus et j’aurais appris. Sur moi, sur les autres, sur la vie. J’ai appris à accepter de fléchir parfois, tout en essayant de voir toujours le verre à moitié plein. J’ai appris à accepter que les autres puissent être imparfaits et donc parfois maladroits, jamais délibérément. J’ai appris qu’on était toujours responsable de ce qu’on ressentait, les belles comme les vilaines choses, mais qu’on n’avait pas à culpabiliser, juste à assumer. Qu’il fallait essayer d’être indulgent, avec soi-même et avec les autres.

Mais putain, qu’est-ce que j’ai souffert aussi !!! Parce que oui, on n’est pas au pays des Bisounours et la PMA, ça se saurait si c’était un long fleuve tranquille. J’ai chialé tellement de fois. J’ai douté si souvent. Et je doute encore…

J’ai d’ailleurs réalisé, il y a quelques jours, que mon incapacité à procréer m’avait d’une certaine façon volé toute l’estime que j’avais de moi-même. Je n’ai plus envie de prendre soin de ce corps qui refuse de me donner un petit. Du coup, pas de sport, pas de privation et quelques kilos qui s’accumulent au fil des mois… Et tu le vois le cercle vicieux? Je ne m’aime plus, je bouffe plus, je grossis un peu, donc je m’aime encore moins !!

Vendredi 04 juillet 2014

Après une nuit courte, c’est en larmes que débute cette journée. J’ai aucune envie d’y aller. Les adieux, c’est pas mon truc. Ca finit dans les larmes et ça fait mal. Un peu comme quand on était ado et qu’on partait en vacances. A la fin des vacances, le drame de dire au revoir à nos nouveaux BFF à qui on écrit 2 lettres et qui retomberont dans l’oubli ! Et puis je dois te dire que depuis que je suis môme, j’ai horreur de pleurer devant des gens !! Je peux compter sur les doigts d’une seule main les gens qui ont eu l’honneur (oui oui, à ce niveau-là, ça devient un honneur !) de me voir chialer.

Donc tu comprends bien que je devais mettre mon masque, en ne montrant rien à personne de ma tristesse. J’ai réalisé d’ailleurs que je portais très souvent ce masque, parce qu’il m’aidait à ne pas sombrer. Si je m’écoutais un peu trop et que je passais mon temps à laisser vivre ce que je ressens, qu’est-ce que je serais relou !! Genre la nana qui chouine tout le temps et qui se pense la plus malheureuse du monde et de l’univers. Et je crois que je m’enfermerais dans un monde de tristesse. Ce serait ça mon masque… Donc entre chouiner et casser la blague à tout va avec ma cape de wonderwoman, j’ai choisi !! C’est comme boire ou conduire quoi. Moi, j’ai choisi: je bois ! Chéri conduit…

Ce vendredi, je suis donc résignée. Au-delà de la tristesse. Depuis quelques semaines, j’avance en mode résigné pour tout. Comme si j’acceptais le fait que la poisse me colle au boule. J’ai grandi dans la poisse, je vivrais dans la poisse !! Je vous garantis que si je retrouve cette conne de fée Carabosse, tu sais, celle qui s’est penchée sur mon berceau quand j’étais cro mimi, ça se terminera à peu près comme ça:

killer-cat

Bref, encore une fois, comme quand on a cru perdre nos chats, il semblerait que le mode résigné me réussisse plutôt pas trop mal…

Quand une délégation de collègues est arrivée enjouée dans ma classe, je me suis demandé s’ils allaient me chanter la chanson super cucul « Adieu Mr Mme le Professeur ». Dans ma tête, je me disais: « Ah nan hein !! Pas de surprise, sinon mon masque va tomber et je serais plus capable de donner le change !! » Mais ils ne m’ont rien chanté. Ils m’ont juste annoncé qu’a priori, je serai dans l’école l’an prochain, à 75%, m’apprenant au passage que ma demande de temps partiel a été acceptée… J’en revenais pas !!! Moi, Julys, je risquais de rester 2 années de suite dans la même école??? Avec ces collègues si géniaux??? (Nan mais sans déc, qui a une collègue qui a fait un don d’ovocytes???) Je vous avoue que, connaissant ma poisse légendaire et l’incompétence de l’administration, je reste méfiante… Surtout que le rectorat n’a rien fait pour me rassurer…

Parce que du coup, tu penses bien que j’ai remué ciel et terre pour avoir confirmation, mais personne ne veut rien lâcher. Tu comprends, nous laisser partir en vacances l’esprit serein, c’est pas recommandé par le ministère !! On est sûrement plus efficace quand on sait rien de l’école ou de la classe qu’on va avoir. L’effet surprise, ça nous rend plus compétents parait-il bande de cons de bureaucrates !!

Samedi 5 juillet 2014

Alors ce matin, quand je me suis réveillée, j’ai eu l’impression de voir ces dernières années défiler sous mes yeux. Toutes ces larmes, tous ces bonheurs aussi… J’ai repensé à cet espoir qui s’était niché au fond de mon utérus je ne sais où, en ce mois de mars 2013. Et j’ai eu envie de pleurer !! Putain, on était à ça du miracle quoi… Un chouilla… Si seulement ce ptit con d’embryon avait pas décidé d’aller explorer mon dedans de moi !! J’aurais pas été obligée de le tuer à coup de méthotrexate bordel !! Et je me dis que notre vie aurait été si différente… J’aurais pris les mardes accumulées avec tellement plus de recul…

Mais « grâce » à ce petit bout de vie voyageur, j’ai du coup la chance de n’être qu’aux portes de la FIV 2, et non la FIV 3. (Au passage, si quelqu’un a eu la joie de faire une GEU, pourrait-il me confirmer ça? Parce que j’ai beau demandé à Dr Dino, il est affirmatif, mais moi je me demande bien pour quelles raisons la GEU annule la FIV 1, puisque toutes celles qui ont fait des fausses-couche n’ont pas vu le compteur remis à 0?!)

Quoiqu’il en soit, ce matin, j’ai eu envie d’y croire… Croire que la Routourne est en train d’essayer de tourner et que peut-être, la poisse a décidé de changer de camp…

Pour mon premier jour de vacances, j’ai donc envie de ne me concentrer que sur ces espoirs. Et dans ces espoirs, je retiens le chiffre 9. J’ai souvent aimé ce chiffre. Et pi ça rime avec œuf! Donc le 9 juillet, ce sera une journée décisive. Nous aurons les conclusions de Mme Bienveillante pour l’adoption et j’aurais la confirmation de mon affectation pour la prochaine rentrée !

Le 9 août, ensuite, ce sera le jour où Chéri et moi nous dirons « oui »…

Le 9 septembre, peut-être, sera le jour de notre FIV 2 (ou 3)…

Alors on va y croire et espérer !!!!

la roue tourne

Pour finir, je partage une nouvelle citation de mon gourou maître à penser, qui, des années en arrière, m’avait permis de traverser mon désert à moi à la lecture de « L’Alchimiste »:

a+retourne+arrière

 

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