Il est des moments dans la vie où pour se préserver, on évite la question: « Comment ça va? » Quand cette question est utilisée comme une simple formule de politesse, facile de répondre: « Ca va, et toi? »

Mais quand tu sais que derrière certains « Comment ça va? », il y a une réelle volonté de savoir comment tu te sens, et que tu fais tout pour ne pas te poser la question, alors tu fais l’autruche. Pas que tu fuis (quoique), mais disons que tu essayes de te protéger. Parce que se demander « Comment vais-je? », c’est parfois s’obliger à admettre que c’est pas trop glop…

Je ne dirais pas que ça va, ni que ça ne va pas du tout. J’aurais tendance à dire: « On fait aller ». En mode j’avance-sans-me-poser-de-questions.

Je surinvestis mon boulot en ce moment. Je passe aussi du temps à scruter Gogole pour tenter d’expliquer l’inexplicable de notre infertilité. Sans trouver aucune réponse évidemment ! Depuis hier, je me mets aussi à me projeter sur le futur aménagement de notre future case. Case pour laquelle nous avons signé un compromis hier.

Evidemment, après de longues années d’attente, on était super contents !!! Sauf que les conditions dans lesquelles la vente se passent ne sont pas du tout réjouissantes… Arrivés en milieu d’après-midi à l’étude notariale, il y avait déjà le vendeur, que nous avions rencontré lors des précédentes visites de la maison. Puis le notaire est venu nous accueillir, en nous invitant à pénétrer dans son vaste bureau. C’est alors que nous avons compris que la vendeuse était elle aussi arrivée, sauf que nous ne l’avions jamais vu.

Naturellement, et parce que nous savions à quel point ce couple se déchirait, nous avons fait le choix de nous placer au milieu, entre les deux. Et là, ce fut un moment émotionnellement compliqué à gérer. D’un côté, nous étions heureux d’enfin nous trouver là, pour signer le compromis de notre jolie case. Et d’un autre, il régnait une ambiance excessivement tendue et glaciale. Les futurs ex-époux ne se regardaient pas, et Madame avait le visage extrêmement fermé. Elle fusillait tout le monde du regard, et nous faisait presque vivre sa souffrance… Jusqu’à la dernière minute, on s’est demandé si elle allait signer. Puis finalement, tout s’est bien passé.

Mais forcément, je n’ai pas pu rester insensible face à cette situation. « Le malheur des uns fait le bonheur des autres… », parait-il. En l’occurrence, même si une fois arrivés avec l’artisan pour essayer de visualiser les améliorations que nous apporterions à notre futur nid, nous étions transportés par la joie, on ne pouvait ignorer toute la souffrance que cette vente générait chez ses futurs ex anciens propriétaires.

Monsieur et Madame étaient mariés depuis l’année de naissance de Chéri. 1978 !! Ils ont eu de beaux et grands enfants. Et sont depuis plusieurs fois grands-parents. Il y a tout juste 20 ans, ils ont fait l’acquisition de cette case, dans laquelle ils ont vu grandir leurs enfants et petits-enfants. Combien de fêtes de famille ont été célébrées dans cette mignonne petite case? Combien d’anniversaires? Combien de Noëls?

Ils ont fini de solder le crédit seulement ce mois-ci. Comme si le solde du crédit venait solder leur histoire commune… 36 ans d’amour après, et tant de Haine !!

Alors je me suis imaginée, Chéri et moi. Avec nos 3 chambres. Sans enfants pour les combler pour le moment… Et je me suis dit que la vie était pleine de surprises… Et que si mon ventre et nos bras restaient désespérément vides, ce serait si difficile un jour de se perdre l’un l’autre !! De ne plus être capables de se respecter, de ne plus être capables de se parler, ni même de se regarder…

Sinon, en 2 jours, j’ai reçu 2 sms qui valent leur pesant de cacahuètes !!

J’ai reçu le 1er hier, en sortant de chez le notaire. Il provenait de cette (ex?) amie, témoin de mon mariage, mais qui n’a pas pu assister à la cérémonie rapport à son vêlage très rapproché. Depuis, je lui avais envoyé quelques photos du D Day, sans jamais recevoir aucune réponse ni réaction. Soit. Elle savait aussi que nous devions reprendre les essais pmesques… Mais elle ne m’a jamais envoyé un sms ou un mail pour savoir comment ça allait, justement… Tu comprends, ça la fout mal !!! Surtout que la seule fois qu’elle s’est réellement intéressée à nos déboires, c’était quand, pour sa grossesse 2, elle avait été confrontée à 2 fausses-couches. Ce qui m’avait particulièrement touchée et poussée à lui envoyer un mail pour lui donner quelques conseils ou pistes d’investigations pour essayer de comprendre d’où ça pouvait provenir. Mail auquel elle n’avait donné aucune nouvelle… Et pour cause, entre temps, elle était une nouvelle fois tombée en cloque !! Sauf que cette fois, ce fut la bonne… Et tant mieux pour elle !! J’étais vraiment ravie et soulagée pour eux qu’ils n’aient pas été confrontés à l’enfer de la PMA…

Bref, hier, elle m’envoie le texto suivant: « Coucou. J’espère que tout va bien depuis ton retour. Nous ça roule. Je m’éclate avec mes filles. Elles sont adorables. Gros bisous. »

Je n’ai jamais trop eu de difficultés à faire la part des choses quand on m’annonçait une grossesse. J’ai très souvent été capable de me réjouir, même si ça n’empêchait pas le petit pincement au coeur… Mais là, ça m’a gonflé !! Est-ce parce que je viens d’essuyer un énième échec? Sans doute… Mais quoiqu’il en soit, ce « éclate » qui me pète à la gueule, je le trouve particulièrement déplacé… Elle aurait pu utiliser n’importe quelle autre expression, emprunte d’un peu plus de retenue. « Chaque jour qui passe auprès de mes filles est un réel bonheur », eut été par exemple moins indécent… Mais ce « Je m’éclate » a été pour moi comme un feu d’artifice qui m’aurait pété en pleine tronche… Du coup, je n’ai pas répondu. Et je n’ai aucune envie de répondre. Une amitié de 20 ans !! Qui est en train de partir à vau-l’eau parce qu’on ne peut plus vraiment se comprendre… On vit des réalités qui nous séparent de plus en plus au fil du temps…

Mais hier, on était bien trop occupé avec nos projets de futurs propriétaires, donc j’ai presque occulté ce message.

Ce matin, en revanche, je n’ai pas pu occulté le sms qui est venu me sortir de mon sommeil. Il provenait d’une amie dont j’ai déjà parlé, tombé en cloque en C1, alors qu’elle vit une relation un peu bancale avec un mec beaucoup plus âgé (ce qui ne lui enlève pas le droit d’être père hein!), qui ne voulait pas spécialement connaitre de nouveau les joies de la paternité… Ca donnait ça: « Coucou. I. est née hier à telle heure. Elle pèse tant et mesure tant. Après un premier peau à peau et une tétée réussie, je me suis enfin sentie maman. Que du bonheur!! Elle est trop craquante (en toute objectivité!) Les photos vont suivre. Bisous et bonne journée. »

Je te laisse imaginer à quel point, au réveil, ce genre de message peut conditionner positivement ta journée…

J’ai relu le sms plusieurs fois, puis j’ai bloqué sur ce « je me suis enfin sentie maman ». J’ai évidemment envoyer le traditionnel message de félicitations. Parce qu’à côté de ça, de par son histoire personnelle, je suis très heureuse que cette copine connaisse les joies de la maternité. J’ai failli lui dire que personnellement, je me sentais maman depuis déjà plus de 3 ans… Puis je me suis dit que ce serait indécent…

Et j’ai su qu’elle se serait non seulement sentie gênée, mais en plus qu’elle n’aurait pas compris… Comment le pourrait-elle, sachant qu’elle est tombée enceinte en C1 et qu’elle ne pensait pas que ça serait aussi rapide?! Evidemment, elle n’a pas eu autant de temps que moi pour se préparer à accueillir cette enfant dans sa vie… Comment lui en vouloir? D’autant que ça pue le sms collectif…

Bref, du coup, j’ai une profonde envie d’éteindre mon portable, de couper internet et de m’enfermer dans ma bulle, avec Chéri, mes 4 chats et mes élèves…

Parce que même sur la blogo, je n’ai plus l’impression de trouver ma place pour le moment. Ca va certainement passer, mais je me sens un peu seule au monde, même si tellement soutenue et câlinée !!

Le truc, c’est que, comme Carotte, je ne peux m’empêcher de focaliser sur les 40 ovocytes ponctionnés… Et sur ces 22 embryons envolés, dont seulement 9 transférés. Plus ce dernier au frais…

Mais dire que j’ai peur, que je n’y crois plus et que c’est la grosse loose, dans le fond, ça changera quoi hein???

Vous essayerez sans doute de chercher des mots de réconfort, mais comme nous, vous vous sentirez fort démunies…

Et je n’ai pas envie de vous imposer ça !! Pas envie de radoter non plus…

Je crois que maintenant, on arrive dans cette dernière ligne droite et que j’ai aussi peur qu’envie d’en finir !! Mais que ça va se jouer entre moi, Chéri et DNLP… Le dernier combat approche et je dois admettre que j’appréhende le KO…

Mais promis, pour le moment, je continue d’avancer !! En fermant les yeux, mais je continue d’avancer…

Ca va aller, pas vrai?

Voilà, à part ça, samedi, c’est défrief avec Dr Dino… Ô joie, ô bonheur!, de se lever aux aurores pour apprendre qu’on ne sait pas pourquoi ça ne veut pas marcher!! J’ai trop hâte…

 

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