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J’ai récemment lu un article très inspirant dans la salle d’attente de la PMA et j’ai eu envie de partager cette histoire (un peu romancée, disons-le!) avec toi… Il comportera plusieurs épisodes et, j’espère, saura occuper un peu le temps de celles qui, parmi vous, attendent un résultat, une confirmation ou une suite. J’espère que je saurais m’y tenir… Les vacances approchant, je devrais avoir un peu de temps libre…

 

main dans la main

Décembre 1948. C’est l’été dans la petite station balnéaire qu’est Balneário Camboriú, bourgade brésilienne située dans le Santa Catarina, à mi-distance entre Porto Alegre et São Paulo. La température avoisine les 35°C. L’atmosphère est très humide. Presque étouffante.

Sur sa peau de jeune fille insouciante, Diva voit perler de fines gouttes de sueur. La chaleur est accablante cette année !! Pourtant, la petite conserve cette fraîcheur inhérente à son jeune âge. Elle n’a que 14 ans, et des rêves plein la tête… Parfois, à la tombée du jour, elle quitte la maison familiale pour se rendre sur la plage de praia Central. Elle raffole de ces moments de solitude et passerait des heures à fouler le sable encore gorgé de chaleur sur cette plage quasi désertique à cette heure-ci.

Il y a bien ce vieil homme, qui promène son chien. Bien apprêté, il arbore un costume trois pièces qui le rend très élégant. Mais Diva ne le voit pas, bien trop occupée à scruter l’horizon en se raccrochant à ses rêves…

A 14 ans, Diva est une ravissante jeune fille. Elle est le fruit d’une relation aussi passionnelle qu’éphémère entre un père allemand, Hanz, venu dans les années 30 faire fortune avec sa famille dans le commerce de produits manufacturés, et une mère issue de la classe populaire brésilienne, Ana.

Diva a hérité de la peau cuivrée de sa mère et des yeux clairs de son père. Au gré des années qui passent, elle sent les regards des hommes changer sur elle, à mesure que sa silhouette se féminise. De douces et innombrables courbes font de son corps, jadis frêle et menu, un paysage que la gente masculine ne se lasse pas de contempler. Parfois à la dérobée. Quand il s’agit d’hommes mariés, bons pères de famille, qui ne peuvent qu’étouffer leur désir pour cette jeune fille au sortir de l’enfance.

Solitaire, elle ne s’intéresse pas à ces regards insistants. Tout au plus elle s’en amuse ! Diva, elle rêve d’Amour avec un grand A. Quand elle ferme les yeux, elle sourit en imaginant ce jeune homme intelligent, drôle, protecteur, qui viendra sur son cheval blanc pour lui faire parcourir le monde. L’Amérique Latine, les Etats-Unis, le Canada… Elle laisse son esprit vagabonder jusqu’au Vieux Continent et aime se projeter dans les faubourgs parisiens, chinant de beaux tissus pour renouveler sa garde-robe.

Il faut dire que malgré l’absence d’une figure paternelle à ses côtés, Diva a vécu au rythme des palabres de sa mère, insatiable quand il s’agissait d’évoquer son amour de toujours… Toute son enfance, Ana aura fait exister ce père pourtant déserteur, en évoquant ô combien il était beau, ô combien il était généreux, ô combien ils étaient amoureux. Mais cet homme avait une famille. Une famille luthérienne, issue de la haute bourgeoisie commerçante. Famille qui aura eu raison de cette passion…

Quand elle apprit « l’état » d’Ana, la mère de Hanz interdit à son fils de la revoir, sous peine de le renvoyer en Allemagne manu militari en le déshéritant. Il était jeune. Il avait peur. Alors, il a dit adieu à son Amour et est parti épouser une fille choisie par sa mère. Blonde aux yeux bleus, d’origine allemande comme lui, elle était la fille de richissimes commerçants. A cette époque, les contacts commerciaux avec l’Allemagne et les Etats-Unis étaient nombreux. D’ailleurs, deux ans après la naissance de Diva, des accords ont été signés entre les entreprises familiales de Hanz et son épouse et l’Allemagne nazie… Le jeune homme subissant sa vie plutôt que de la vivre, jamais Ana n’apprit ce qu’il était devenu. Et elle en conserva toute sa vie un doux souvenir que les années n’altérèrent jamais.

Ainsi donc, Diva grandit avec un référent masculin proche de la perfection. Et c’est cet idéal qu’elle prendrait le temps de chercher dans sa future âme soeur !!

Mais à ce jour, point d’âme soeur dans la vie de Diva. Tous les jeunes hommes de son entourage qu’elle est amenée à croisée ne sont pas dignes d’intérêt. Ils ne savent pas la faire rêver… Elle a besoin qu’on la transporte dans des contrées isolées aux confins du monde. Qu’on la fasse vibrer en lui parlant musique, littérature, Histoire du monde, cinéma…

Ces années-là font la part belle au cinéma nord-américain. John Huston, Alfred Hitchcock et ses films haletants, Orson Welles et sa « Dame de Shangaï ». C’est l’époque des Humphrey Bogart, John Wayne, Marlene Dietrich ou autre Rita Hayworth…

Ah! Rita… C’est un peu son modèle ! Son idole. Une belle jeune femme, plantureuse, issue d’une famille d’expatriés espagnols. Des artistes !! Des rêveurs… Rita a 4 ans quand elle monte sur scène la première fois pour danser. Elle accompagne ses parents, qui se produisent dans un spectacle renommé dans cette Amérique de l’après-guerre. Un père qu’elle admire, mais qui pourtant se révèle être un sordide personnage… Un esprit nomade…  Des envies d’ailleurs… Et surtout, ce rêve de rencontrer un jour la perle rare… D’être traitée comme une princesse… Autant de points communs qui réunissent Diva et Rita !!

Oui, Diva  a besoin de rencontrer celui avec qui elle pourra refaire le monde. Réécrire l’Histoire avec lui, pour qu’ensemble ils puissent construire leur propre histoire.

A son âge, il n’est pas rare que ses camarades de classe connaissent déjà leurs premiers émois amoureux. Certaines lui vantent la douceur des baisers langoureux. Les frissons que procurent la moindre étreinte. L’excitation d’un coeur qui bat la chamade à la moindre vision de celui qui fait naître ce sentiment inconnu jusqu’alors: l’amour…

Mais Diva reste dans sa bulle et continue de croire au prince charmant. Elle ne veut pas se contenter du bien, mais vise le mieux. Elle se raccroche à cette célèbre citation d’Oscar Wilde: « Il faut toujours viser la lune car même en cas d’échec on atterrit dans les étoiles. »

Oui, c’est certain: cet homme existe et elle le rencontrera tôt ou tard…

A suivre…

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