Suite à un commentaire de Miss Infertility, qui elle aussi parraine un enfant du bout du monde, j’ai eu envie de te parler d’un sujet qui me touche particulièrement: la scolarisation. Et plus particulièrement la scolarisation dans certains pays où on doit lutter pour avoir accès à l’instruction !!

Si tu n’as pas encore eu la chance de le voir, je t’invite à regarder le sublime documentaire « Sur le chemin de l’école », dont voici la bande annonce:

Je parraine donc un enfant depuis 2007. Il vit en Ouganda, avec sa famille. Si j’ai fait ce choix, ce n’est pas pour me donner bonne conscience ou pour me sentir importante vis-à-vis de cet enfant ou de sa famille. Pourtant, j’ai bien conscience que l’argent que j’ai déboursé pour lui ces dernières années leur a sans doute changé partiellement la vie… Déjà, il a pu aller à l’école !!

Nous avons eu peu d’échanges ensemble, parce que je n’ai pas envie de m’attacher et je n’ai pas non plus envie qu’il se sente redevable de quoique ce soit. J’ai envie qu’il grandisse avec le plus d’insouciance possible, qu’il joue avec ses camarades et qu’il profite de sa famille. De lui, je ne connais que ses nom et prénom, son âge et ces rarissimes photos sur lesquelles il pose avec sa mère que je conserve précieusement dans un dossier…

J’ai été tentée de le couvrir de cadeaux ou d’organiser un voyage là-bas, dans son village, pour le rencontrer. Mais j’ai la conviction, qui n’appartient qu’à moi, que je me dois de rester discrète autant que possible. Je lui ai écrit, une fois !! Une seule fois… D’ailleurs, te parler de lui me donne envie de lui réécrire…

Bref, donc Miss Infertility parraine une petite fille, pour pouvoir lui donner accès à l’éducation.

Et tu n’es pas sans ignorer que la scolarisation des filles est très compliquée, voire même dangereuse, dans certaines contrées.

Oui, je suis enseignante. Mais c’est surtout la femme et l’humain qui est sensible à cette question… J’ai eu la chance de pas mal voyager. Et, depuis que je suis maîtresse, à chacune de nos destinations je fais en sorte de voir comment se déroule la scolarisation sur place. A Madagascar, j’ai été émue aux larmes, lorsque nous sommes arrivées dans un village extrêmement reculé, avec des stylos plein les poches alors qu’ils n’avaient pas de cahier. Et de voir le respect qui était donné à l’école et à ses représentants (l’instit et la directrice) !! La salle de classe était une immense cabane en bois où s’entassaient de rares pupitres d’écoliers en bois abîmés. Les enfants s’agglutinaient à plusieurs sur un même pupitre. Je garderai toujours en mémoire cette poignée de mains intense entre un instit d’un petit village perdu aux confins de Madagascar et cette vazaha naïve qui croyait que des stylos pourraient à eux seuls changer leur vie (enfin, je suis pas non plus débile: je savais qu’il y avait beaucoup plus de manques hein!)… Il y avait énormément de respect dans cette poignée de mains…

Puis il y a eu ce voyage en Inde. Nous avons eu la chance d’aller dans le Ladakh, une région grandiose du nord-est encerclée par l’Himalaya !! C’était la fin de l’hiver… Les routes étaient pour la plupart impraticables et nous avons réservé une voiture avec chauffeur pour partir en excursion dans un village éloigné, mais accessible qu’avec une certaine expérience de la route montagneuse en hiver. Après de nombreuses heures à voir défiler des paysages plus époustouflants les uns que les autres, nous avons aperçu une jeune fille sur le bord de la route désertique. Pas âme qui vive et surtout, pas le moindre véhicule ni le moindre bâtiment. Seulement une route encordée qui sinuait au milieu des montagnes. Quand elle a vu passer notre voiture, elle a fait un signe de la main. On a alors demandé au chauffeur de s’arrêter pour la transporter où elle voulait. Il lui a traduit pour nous les questions qu’on voulait lui poser. Chaque jour, cette gamine parcourait des kilomètres pour se rendre à l’école. Qu’il vente, qu’il pleuve, qu’il neige: pour elle, l’école valait bien toutes les bravades !! Elle non plus, je ne l’oublierai jamais…

L’association que j’ai choisi pour le parrainage a récemment partagé cette pétition:

Osez la liberté !!

« Aujourd’hui encore, 65 millions de filles dans le monde sont privées du droit à l’éducation… Parce que l’école les rend libres, osez la liberté: levez la main !!

Eduquer les filles aujourd’hui, c’est tracer demain le chemin de la liberté et de l’autonomie des femmes. C’est diminuer la mortalité infantile, les mariages et les grossesses précoces. C’est permettre à leurs pays d’augmenter leur produit intérieur brut par personne en aidant des millions de personnes à se libérer de la pauvreté.« 

Ca ne prend que quelques minutes et pourtant, ça peut faire beaucoup, même si c’est bien peu…

Je voulais également parler de ce film, qui sortira prochainement en métropole: « Girl Rising ».

Synopsis: « 9 pays, 9 histoires vraies. 9 jeunes filles prêtes à affronter tous les obstacles pour accéder à l’éducation. »

Il sort mercredi dans les salles réunionnaises et je compte bien aller le voir !!

Malala Yousafzai, prix nobel de la paix 2014, est le plus respectueux porte-drapeau de ce droit à l’éducation des filles. Début 2009, à 11 ans, elle avait écrit un témoignage intitulé « Journal d’une écolière pakistanaise », sur un blog. Elle y déclare notamment que « Les extrémistes ont peur des livres et des stylos. Le pouvoir de l’éducation les effraie. » Le 9 octobre 2012, elle est victime d’une tentative d’assassinat à la sortie de son école…

L’éducation est un privilège et, dans nos pays privilégiés, elle est trop souvent dénigrée, montrée du doigt… Si seulement tous ces politiques, parents, enfants, se rendaient compte du luxe qu’ils ont d’avoir pu ou de pouvoir bénéficier d’une instruction !! Depuis des décennies, une casse du système scolaire s’est organisée dans notre pays. Mais en parler quand on est prof fait de nous des râleurs et des feignants. Pourtant, je peux t’assurer que je suis inquiète pour la qualité de l’éducation que nous offrons aujourd’hui dans nos écoles…

Très peu de volontaires désormais pour faire « le plus beau métier du monde ». Les enseignants sont recrutés avec des moyennes misérables dans certaines académies. Et beaucoup démissionnent dès les premières années de fonction… Or, s’attaquer à un système éducatif, c’est forcément s’assurer de rendre les personnes moins redoutables… Car, comme le disait un grand sage:

l-education-est-l-arme

 

 

 

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