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Ma vie onirique est très riche en ce moment !! Je me dis que c’est sans doute que ça travaille dans ma caboche…

Par exemple, cette nuit, j’ai rêvé qu’on partait en vacances avec tous les invités de notre mariage. C’était chouette !! Jusqu’à ce que tout le monde prenne la décision collégiale d’aller faire des courses. Moi, bonne patte, je suivais le mouvement, mais je ne me sentais pas faire partie du mouvement… Quand subitement, je réalisais que tout le monde portait un maillot de bain. Je comprenais donc qu’a priori, en lieu et place des courses, on allait à la plage !! Sauf que j’étais la seule gourdasse à ne pas avoir de maillot de bain… Tout le monde avait le sien et l’arborait fièrement. Je me sentais du coup complètement marginalisée, avec en plus la culpabilité de devoir faire perdre du temps à tout le monde. Je partais donc à la recherche de mon maillot de bain et, en fouillant dans la gigantesque maison, je tombais sur un camion réfrigéré contenant des cochons de lait. Il y en avait plusieurs, pour le repas gargantuesque qu’on s’apprêtait à partager tous ensemble. Un cochon de lait quoi !! Genre un bébé cochon crevé !! Dans une chambre froide !! D’un coup, je réalisais que finalement, j’avais mis mon maillot de bain dans mon sac, et je rejoignais le groupe.

Autant te dire que j’ai eu l’impression que l’absence du maillot de bain qui me marginalisait avait grandement rapport avec l’absence de bébé dans ma vie… Tout le monde avait l’air si heureux, et moi si inquiète! Quant aux cochons de lait, serait-ce le symbole de tous les embryons qui sont partis à la benne?

Bref, je me suis donc réveillée et, comme chaque nuit d’insomnie, j’ai lu. Un livre que j’ai commencé hier et que je dévore depuis !! « On ne voyait que le bonheur », de Grégoire Delacourt. Voici la 4ème de couverture:

« Antoine, la quarantaine, est expert en assurances. Depuis longtemps, trop longtemps, il estime, indemnise la vie des autres. Une nuit, il s’intéresse à la valeur de la sienne et nous entraîne au coeur de notre humanité. Du nord de la France à la côte ouest du Mexique, « On ne voyait que le bonheur » offre aussi une plongée dans le monde de l’adolescence, pays de tous les dangers et de toutes les promesses. »

Dans ce livre, il est également question de transmission. Que peut-on transmettre à ses enfants? A-t-on le droit de leur transmettre la souffrance, ou a-t-on le devoir de protéger son enfant du monde extérieur et de ses vilaines choses? Le narrateur va loin dans l’horreur, n’empêche que ces questions qu’il se pose m’ont suffisamment travaillé pour que je me réveille subitement avec cette phrase en tête, ce matin:

« Ne pas transmettre l’abject… »

Ce sont les premiers mots qui se sont imprimés dans mon cerveau. Autant te dire que ça m’a forcément perturbée et pourtant, j’ai le sentiment d’avoir mis le doigt sur quelque chose d’essentiel…

A 17 ans, je perdais ma mère, tragiquement. J’ai alors poussé pour la première fois le cabinet d’une psy, en lui disant ceci: « Je viens pour ne pas faire subir la même chose à mes futurs enfants… Ne pas reproduire. Ne pas transmettre… »

A l’aube de mes 34 ans, après des années de suivis et d’introspection, j’ai compris, je crois, au réveil ce matin, que je n’avais jamais réglé cette peur et que, surtout, si j’avais fait le deuil de la mort de ma mère, si j’avais appris à pardonner l’abject aux personnes qui nous ont fait souffrir, pour autant, je n’avais pas appris à accepter mon histoire…

Je crois que finalement, avant de vouloir transmettre, il va falloir que j’apprenne à faire le deuil de ce qu’aurait pu être ma vie si j’étais née dans un autre milieu… Faire le deuil de cette histoire totalement atypique qui m’aura moi-même rendue atypique. Et accepter qu’au-delà de cette histoire de famille lourde à porter, j’aurais aussi un tas de jolies choses à transmettre à nos futurs enfants.

Mais je crois que j’ai tellement souffert de mon enfance que j’ai si peur de faire porter toutes mes valises à nos petits !!

Chéri m’a dit ce matin: « Mais dans ton histoire, il y a eu aussi des jolies choses !! »

Et tu sais quoi, je dois admettre que, s’il y a eu quelques jolis moments volés dans mon enfance, le moche prend quand même le pas sur le reste… Dans son livre, à un moment, le narrateur dit qu’on a beau connaître des instants de joie, la douleur prend toujours le pas sur le bonheur. Le moche l’emporte toujours sur le beau. Comme le noir sur le blanc. Ou le « il » sur le « elle ».

Je me dis que je devrais peut-être lister toutes les jolies choses de mon enfance, mais je ne suis pas sûre que ça me réconcilie avec l’ensemble de mon histoire. Elle est faite de beau et de laid. Je crois surtout qu’il faut que j’apprenne à l’accepter comme elle a été et à vivre avec… Vivre avec le moche et sans ce qui aurait pu être beau… Oublier les « Et si… » qui ne m’apportent que des regrets et de l’envie…

Parce que oui, au même titre qu’en tant que pmettes on peut parfois légitimement envier un ventre rond, j’ai pour ma part souvent envié la vie rêvée des gens. Pas celle des magazines. Mais celle, bien réelle, de ceux à qui, pendant longtemps, la vie a toujours souri. Ca ne les mets d’ailleurs pas à l’abri des emmerdes, mais au moins, ils auront connu quelques périodes de douce insouciance.

Avoir des parents qui jouent leur rôle de parents. Une famille qui nous entourent et nous respectent pour ce qu’on est et ce qu’on n’est pas. Se remémorer des souvenirs d’enfance avec nostalgie. Tout ça, si tu l’as connu, rappelle-toi autant que possible que ça n’a pas de prix !! C’est aussi précieux pour moi que pourrait l’être une grossesse…

Et pouvoir prendre sa mère dans ses bras en lui disant combien tu l’aimes, en lui demandant comment s’est passée sa propre grossesse quand elle t’attendait, en la questionnant sur tes premières fois. Toutes tes premières fois: le premier sourire, la première dent, les premiers pas, les premiers mots, etc…

Tout ça n’a pas de prix !!

Pourtant, je le sais que la vie rêvée des gens n’est pas toujours si idyllique et nombre de familles ont leurs propres fantômes. Il y a toujours trop de poids dans nos bagages. Certains sont juste plus lourds que d’autres…

Alors oui, nos enfants ne seront pas condamnés à vivre notre histoire. Ils la porteront en eux, comme le vestige d’un temps passé, mais ils ne la subiront pas. Pas si j’arrive à l’accepter moi-même…

Au boulot !!

passé

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