Il faut quand même que je t’explique…

En effet, dans la vie, on a toujours le choix. Je pourrais fuir provisoirement mes amies en cloque, fermer les yeux pendant les mois qui les séparent du vêlage et profiter de la vie loin d’elles, pour me changer les idées.

Mais, à moins de partir faire le tour du monde sur mon voilier pour m’aérer un peu, je ne pense pas que ce choix, en l’état, soit le plus approprié pour moi.

Comme tu l’auras compris, la liste des grossesses est excessivement longue autour de nous… C’est un complot !! J’en viens à me dire que mon mariage (ou son approche) aura eu le mérite d’être particulièrement fertile…  pour les autres !!

Il faut que tu comprennes que je suis un être hypersociable. J’ai besoin de m’enrichir des autres, d’échanger, de débattre, de partager… C’est presque vital pour moi !! J’ai d’ailleurs longtemps eu du mal avec la solitude imposée. J’apprécie la solitude quand c’est un choix, mais pas quand elle s’impose à moi.

Bref, la PMA m’a déjà pris énormément !! Elle m’a volé mon insouciance, ma légèreté, ma joie de vivre constante, mon optimisme à toute épreuve, mon corps de rêve (ben ouais, j’étais plutôt bien gaulée fut un temps… mais c’est déjà loin!), ma confiance en moi, en mon couple, en la vie. Alors quoi? Il faudrait qu’en plus elle me vole jusqu’à ma vie sociale?

C’est très simple: ça n’est pas une option !!! No way !!

Et puis je vais te dire, on reproche souvent à notre entourage de manquer d’empathie… Pourtant, il suffit de se mettre à la place des autres pour réaliser que l’herbe n’est pas plus verte par chez eux…

Oui, ma témoin numéro 3 a forniqué dans les fourrés le soir de notre mariage. Elle porte aujourd’hui le doux souvenir de cette soirée, qui aura été magique pour elle, mais qui l’aura aussi été pour nous. Mais ce que j’ai omis de dire, c’est qu’elle vient de faire une prise de sang pour une suspicion de trisomie. Le risque est de 1/250. A priori, ça devrait le faire, surtout que la clarté nucale semblait nikel. N’empêche, elle est très angoissée. Sa soeur a perdu récemment ses jumeaux, à 5 mois de grossesse. Et il y a 2 ans, sa mère décédait subitement d’un arrêt cardiaque. Elle m’a dit récemment qu’avant cette tragique perte, la vie avait toujours été douce avec elle. Et qu’elle ne s’en rendait pas compte… Et aujourd’hui, elle a beau être en cloque et m’annoncer qu’elle a conçu son petit pendant NOTRE soirée, je ne peux pas ne pas me réjouir pour elle.

Si on creuse un peu, il y a aussi cette copine qui a subi les pires atrocités quand elle était enfant. Violée par son frère, dans le déni le plus total de ses parents, qui n’ont jamais pris la mesure de ce qu’elle avait véritablement ressenti dans son corps et dans sa chair, ne comprenant pas toute la haine qu’elle pouvait éprouver contre son bourreau. Elle est tombée enceinte à C1 et vient d’accoucher. Comment ne pas m’en réjouir? Il ne s’agit pas de moi…

On peut continuer avec cette copine aux deux grossesses miracle. Juste avant de tomber enceinte du 1er, après 4 ans d’essais, elle avait envisager de mettre fin à ses jours… Alors oui, elle s’est parfois montrée très maladroite avec moi, mais pour autant, elle mérite autant que toi, toi ou moi de porter de nouveau la vie aujourd’hui.

Enfin, il y a Mme Perfect, qui m’a rendu visite hier soir. Elle est sublime, tout lui réussi. Très bonne situation professionnelle, magnifaïque, rayonnante, intelligente, elle a absolument tout pour plaire !! A la question a-t-elle caressé son ventre toute la soirée? Je te répondrais que OUI !! Mais tu sais quoi? Quand elle m’a expliqué que c’était très difficile pour elle de ne pas se sentir soutenue par sa famille, qui vit à 10000 bornes du caillou et qui est centrée sur la santé très préoccupante de sa mère, hospitalisée pour une anorexie sévère et dont la vie est désormais suspendue à des sondes, et ben ça m’a touchée. Elle rêvait de cette grossesse et elle voudrait pouvoir partager son bonheur autour d’elle !! Au lieu de ça, elle se voit reprocher son bonheur par sa famille, son mec bosse constamment et sa meilleure amie, jeune célibataire de 32 ans, a exprimé le fait que cette grossesse lui renvoyait le vide qu’il y a dans sa vie.

Elle est enceinte. Elle est heureuse. Mais elle est seule à s’en réjouir !!! Dur quand même…

Alors je lui ai expliqué que je comprenais que ce soit difficile pour elle de ne pas pouvoir partager son immense bonheur, mais qu’à la décharge de son amie célibataire, c’était finalement assez compliqué de ne pas ressentir un pincement au coeur. On a évoqué ce que les grossesses pouvaient me renvoyer et elle m’a dit qu’elle ne l’avait pas vu comme ça. Finalement, on a fini la soirée à parler des heures durant de toute autre chose et je crois que ça nous aura fait un bien fou à toutes les deux !

Je ne te cache pas que, quand elle m’a pris la main, posée juste à côté d’elle sur le canapé, pour l’approcher de son ventre bien rond, j’ai eu un violent mouvement de recul en lui disant très calmement: « Je suis désolée, je ne peux pas… »

Elle m’a dit que le bébé m’écoutait et qu’il bougeait et j’ai essayé de percevoir les mouvements qu’elle voyait à l’oeil nu, mais je n’ai rien vu. Probablement que je ne voulais pas voir. Elle m’a répondu un simple et non moins sincère: « Je comprends… »

Bref, ce que j’essaye d’exprimer de manière peut-être un peu confuse, c’est que je ne juge pas les personnes qui auraient besoin de se protéger en évitant leurs amies enceintes ou en choisissant de s’isoler. Chacun fait comme il peut !! Ma façon à moi de me préserver, et elle n’engage que moi, consiste à ne pas me couper de la Vie. Et la vie, c’est aussi (et surtout finalement) les grossesses… Mais pas que, et heureusement !!

Ca ne veut pas dire, évidemment, que la situation qu’on vit aujourd’hui est facile pour nous. On est presque le dernier couple à ne pas avoir d’enfant, alors qu’on essayait bien avant toutes cette succession d’annonces… On se sent exclus par dame nature. On se sent hors norme. On se sent complètement cernés. MAIS, on n’a pas dit notre dernier mot…

combat

 

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