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A l’idée d’écrire ce billet, mes yeux se noient de nouveau de larmes… Parce que si les mots te manquent à toi pour me réconforter, sache que les mots me manquent aussi pour te dire, à toi, toi et toi, à quel point je te remercie pour tous les messages de soutien que j’ai reçu hier… Définitivement, on ne se sent pas seuls !! Et c’est grâce à toi…

A la question: « Comment je me sens? », je dirais que je suis un peu anesthésiée… Je vide le trop plein de larmes qui ne voulaient plus sortir et j’ai l’impression que ça me fait un bien fou !! Comme si je devais toucher vraiment le fond pour remonter encore plus haut !!

Hier, je le sentais au fond de moi dès le réveil, ça allait être une de ces journées qui marqueraient à jamais ma vie. C’est difficile à expliquer avec des mots… J’avais cette conviction que rien ne serait plus jamais pareil en fin de journée… J’ai voulu y voir le signe que peut-être, Hercule serait le bon !! Le dernier, le plus fort, le plus vif !! Mais je crois j’ai eu besoin d’espérer et je ne le regrette pas… Parce que la finalité, c’est que oui, le 4 décembre 2014 aura tout changé, et pas forcément que dans le négatif…

J’ai beaucoup écrit ces derniers temps sur les difficultés que rencontraient le couple dans cette épreuve qu’est la PMA. Au premier appel de la biologiste, Chéri a exprimé ce qu’il ressentait. Il fait un véritable effort dans ce sens-là depuis notre dernière discussion. Je ne t’ai d’ailleurs pas dit, mais il a instauré un petit rituel qui consiste à m’écrire un mail dès qu’il en ressent le besoin, pour me confier ses doutes, ses espoirs, ses peurs… Et ça me fait fondre !!

Je lui ai proposé, comme notre histoire s’est renforcée, il y a déjà plus de 9 ans, grâce à la voie virtuelle (10000 km nous séparaient alors), d’instituer une correspondance mailesque. J’y voyais là un moyen de recommencer à zéro, en écrivant la suite de l’histoire tout en repartant de la case départ…

Chéri m’a donc dit qu’il était mal. Qu’il avait peur. J’ai essayé de le rassurer, en lui disant que cette FIV revenait de loin, qu’Hercule était une cerise sur le gâteau, que ce TEC était juste un miracle !! Et que surtout, on avait tout donné dans ce combat…

Je me suis retrouvée une fois de plus confrontée à son mutisme et à son silence. Et j’ai craqué !! Les mots sont sortis, piquants, violents, terrifiants… Et pourtant si salutaires !! J’ai évoqué la possible fin de la PMA et l’éventuelle fin de notre histoire. On a beaucoup pleuré… Et il a fini par me confier ce qu’il porte en lui depuis l’enfance et qu’il n’avait jamais révélé à personne. Je n’en dirais pas plus, parce que ça n’appartient qu’à lui, qu’à moi… MAIS, grâce à Hercule et à tous les doutes et toutes les peurs qu’il a soulevé, Chéri et moi, ENFIN, on s’est retrouvé…

Retrouvé pour de vrai !! On ne se frôlait plus, on ne s’étreignait plus, on ne se parlait plus, on ne s’embrassait plus, on ne se regardait presque plus… Et là, dans cette pièce bien vide perdue au milieu d’un caillou, on s’est regardé, on a pleuré, on s’est serré très fort l’un l’autre et on a de nouveau respiré au même rythme !!

En temps normal, j’aurais absolument viré hystéro en attendant l’appel de la biolo. Elle avait annoncé un rappel à 15h, et elle a finalement appelé à 15h22. Ces 22 minutes, je ne les aurais pas supporté avant. Mais je crois que j’étais prête à tout entendre !! Peu m’importait le verdict final, quelque part, je venais de retrouver le bien le plus précieux dont des mois de doutes et de peurs m’auront privée…

Quand on a appris la nouvelle, on n’a pas parlé. On a pleuré et on s’est câliné…

Très vite, d’un commun accord, on a exprimé notre besoin de s’aérer !! Sortir d’ici, partir, se changer les idées. Ne pas laisser l’horreur de l’espoir envolé prendre trop de place, toute la place… On est retourné dans notre jolie maison jaune, pour siroter une bière en admirant le calme des lieux et la superbe vue. Le coucher de soleil qui mettait un point final à cette journée si riche en émotions…

Et hier soir, je me suis faite belle pour accompagner mon homme au restaurant. On a très bien mangé, même si l’appétit n’était pas là… On a très peu bu, parce qu’on n’avait pas besoin de compenser… On a savouré cet instant, en plongeant nos regards l’un dans l’autre, tout en nous laissant porter par cette musique d’ambiance qui était une très chouette découverte:

Aujourd’hui, je me sens vidée. Vidée, mais vivante !! Je suis persuadée que la douleur et les épreuves nous permettent, comme la joie et les petits bonheurs, de nous sentir vivants. J’ai mal, mais j’existe !! Et surtout, je sais que rien ne sera plus jamais pareil… Je me sens libérée de quelque chose… De l’espoir, peut-être? Cet espoir qui nous fait avancer en mode automatique mais qui nous aliène aussi parfois…

Après le 1er appel de la biolo, hier, en plaisantant, je disais à Chéri qu’on n’avait encore jamais tenté l’échec de décongélation !! Bingo !! On avait 8 chances sur 10 qu’il résiste… 2 risques sur 10 qu’ils meurt… C’est la faute à pas de chance !! C’est injuste, cruel, violent, mais c’est ainsi…

Quand Dr Dino nous a appelé, il m’a dit: « Tous ces cachets pour ça… Pfff !!! » Je l’ai senti vraiment déçu… Mais il a ajouté qu’il n’y avait pas d’explication. Selon Mme 100MilleVolts, ça peut être génétique ou autre: on ne sait pas… Toujours cette incertitude… Dr Dino, avant de raccrocher, m’a dit: « Vous vous reposez pendant les fêtes et on se revoit fin janvier. On verra ensemble ce qu’on fait. On ne perd pas espoir hein? »

Je lui ai répondu, plus pour le rassurer lui-même: « Non, on ne perd pas espoir. On va y arriver, ensemble !! » Mais j’avoue que je ne croyais pas tellement à ce que je disais… Pourtant, c’est bien ce « ensemble » qui me donne envie de continuer !!

Je sais qu’on n’est pas à l’abri de nouvelles surprises, bonnes ou mauvaises, mais aujourd’hui, je n’attends, je crois, plus rien…

Je suis heureuse de ne pas avoir attendu janvier pour faire ce TEC, parce que ça aurait été sans doute beaucoup plus destructeur… Ce sentiment d’avoir perdu un temps précieux, ça aurait été insupportable !! Et puis, comme on se disait hier avec Chéri dès l’annonce, on préfère une grosse claque bien cinglante à des jours de DPO remplis d’espoirs déçus…

On sait ce qui nous attend: on va mener nos derniers combats, lever une dernière fois les armes et on pourra définitivement tirer un trait sur tout ça. J’en ai vraiment besoin…

D’ailleurs, hier soir, Chéri et moi ressentions le même soulagement… FIV 3 est derrière nous. Reste FIV 4 et FIV 5, éventuellement, puisqu’on a toujours une cartouche supplémentaire « grâce » à la GEU…

En tout cas, ce qui est certain, c’est que l’histoire prendra bientôt fin et ça me fait du bien de me projeter sur cette fin…

Et puis, après la fin, il y a toujours des suites possibles !! Hier, j’observais cette petite métisse avec sa maman… Et je me suis rappelée que quelque part, sur ce caillou, un enfant nous attendrait sans doute un jour…

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