IMG_54104566520303

Je n’étais qu’une ado un peu paumée quand j’ai découvert Voltaire et son « Candide ». J’ai entendu pour la première fois parler d’Eldorado, d’utopie et d’humanisme. Et j’ai adoré… Sans doute que sont nés ce jour-là mes idéaux, mes valeurs et mon idéalisme…

Je me souviens comme hier de l’endroit exact où je me trouvais le 11 septembre 2001.

Chaque personne à travers la France, l’Europe et plus largement le monde, se souvient de la façon dont il a appris la tragédie.

J’avais à peine 20 ans et je comprenais que le monde ne serait plus jamais comme avant…

Ce jour-là, je crois que nous avons été nombreux à perdre une partie de notre innocence.

Comme en ce mois d’avril 2002, où,  en pleine consternation, j’avais mal à mon pays en apprenant que le FN s’était qualifié pour le second tour des présidentielles.

J’avais 21 ans et je pleurais dans ma voiture, en écoutant France Inter relayer l’information.

J’ai compris ce jour-là que notre pays ne serait plus jamais comme avant…

L’entre-deux tour m’avait pourtant redonné espoir et mon coeur était vraiment rempli de bonheur et de gratitude quand je voyais ces milliers de personnes de tous bords confondus, manifester à mes côtés au nom de la liberté, de l’égalité et de la fraternité !

Ce 7 janvier 2015, je m’en souviendrai également toute ma vie. Cette journée aura été irréelle sur le plan personnel, que je développerai plus tard, mais aussi sur le plan humain.

J’ai compris qu’il y aurait un avant et un après. Et,  devant la vague de soutien et de protestation qui aura secoué le monde entier, j’ai eu espoir…

L’espoir que ces artistes, journalistes, policiers ne soient pas morts pour rien et qu’enfin on accepte d’ouvrir les yeux sur ce que des décennies de politiques dangereuses auront finalement engendré.

Parce que oui, à force de laisser grandir les injustices sociales, les discriminations et les idées reçues et, pire, de les véhiculer, voici où nous en sommes…

Toi, toi et toi, qui lutte chaque jour contre les préjugés liés à l’infertilité, tout comme moi, tu mesures à peine ce que c’est que d’être confronté au rejet, aux discriminations et aux maladresses…

Et pourtant, légitimement, tu ressens parfois une immense colère contre ceux qui ne te comprennent pas et ne te tendent pas la main.

Imagine juste que depuis tout petit, tu entendes des discours discriminants à ton égard. Par le boulanger, la coiffeuse, le garagiste, la pharmacienne, l’épicier, le maire, les médias, les hommes politiques…

Je crois qu’on pourrait tous en perdre la raison.

Ces jeunes paumés qui partent faire la guerre au nom d’un Dieu, ils ont juste perdu la raison… On leur a fait croire qu’ils seraient importants en se battant pour une cause et sans doute que c’est tout ce dont ils avaient besoin. Peu importe la cause. Peu importe la manière de combattre.

Ces jeunes se sentent utiles, investis d’une mission, courageux. Aujourd’hui, pourtant, toi, toi et toi, moi aussi, on sait que lutter contre un crayon avec une kalachnikov, ça n’a rien de courageux ! Ils se pensaient valeureux, ils ne sont que des lâches.

Des lâches manipulés par de dangereux psychopathes, qui prennent en otage toute une communauté consternée par ce qui s’est passé hier et qui fait écho à tous les événements passés.

Branchés sur France Inter sur le chemin du retour, j’ai entendu hier cette femme, musulmane, terrorisée par les conséquences de ces actes fous, hurlant de honte et de douleur dans un sanglot qui m’a brisé le coeur. Mes larmes se sont mêlées aux siennes parce que moi aussi, aujourd’hui, j’ai peur…

Peur que la peur de mes compatriotes les conduisent dans la mauvaise direction.

Peur que ces politiciens verreux et corrompus récupèrent cette tragédie à des finsélectoralistes, alors même qu’ils détestaient la verve et le franc parler de Charlie.

Peur que ce bel élan qui a vu des dizaines de milliers de personnes dans les rues hier, ne retombe comme un soufflé.

Pourtant, si j’ai peur, j’espère aussi que le plus grand nombre se souviendra des raisons qui ont poussé ces Jean Moulin des temps modernes, militants jusqu’au bout, à risquer leur vie au nom de la tolérance, du respect de l’autre et de la liberté de vivre.

Lors de l’attentat, ils étaient en pleine réunion de rédaction autour du thème de lutte contre le racisme… Je crois que tout est dit ! Au nom du respect de ces grandes figures du journalisme français, il ne faudra surtout pas laisser le racisme et l’islmaphobie gagner la bataille.

Je conclurai sur cette citation de notre cher regretté et visionnaire Desproges:

2015-01-08-07-40-25-172534818

« S’il est vrai que l’humour est la politesse du désespoir, s’il est vrai que le rire, sacrilège blasphématoire que les bigots de toutes les chapelles taxent de vulgarité et de mauvais goût, s’il est vrai que ce rire-là peut parfois désacraliser la bêtise, exorciser les chagrins véritables et fustiger les angoisses mortelles, alors oui, on peut rire de tout, on doit rire de tout. De la guerre, de la misère et de la mort. Au reste, est-ce qu’elle se gêne, elle, la mort, pour se rire de nous ? Est-ce qu’elle ne pratique pas l’humour noir, elle, la mort ? Regardons s’agiter ces malheureux dans les usines, regardons gigoter ces hommes puissants boursouflés de leur importance, qui vivent à cent à l’heure. Ils se battent, ils courent, ils caracolent derrière leur vie, et tout d’un coup ça s’arrête, sans plus de raison que ça n’avait commencé, et le militant de base, le pompeux P.D. G., la princesse d’opérette, l’enfant qui jouait à la marelle dans les caniveaux de Beyrouth, toi aussi à qui je pense et qui a cru en Dieu jusqu’au bout de ton cancer, tous, tous nous sommes fauchés un jour par le croche-pied rigolard de la mort imbécile, et les droits de l’homme s’effacent devant les droits de l’asticot. »

Alors continuons de rire de tout et de rester debout jusqu’au bout…

 

Publicités