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Comment te dire que j’ai passé quelques jours à remettre l’intégralité de mon existence en doute?

Comment te dire que j’ai si peu dormi ces temps-ci et que je manque cruellement de sommeil et de discernement?

Comment te dire que j’ai si souvent eu envie de chialer?

Comment te dire que j’ai eu une furieuse envie de tout quitter: amis, famille, boulot, amour…, pour reconstruire une nouvelle vie loin de tout ça et repartir à zéro?

Comment te dire que contre toute attente, j’ai opté pour le « Et si…? » rempli de potentiels regrets, mais que je n’ai pas honoré mon écho endochattale avec le Dr Bisounours?J’ai laissé ma place à Natachatte !!

Que je n’ai pas non plus honoré le rendez-vous avec l’anesthésiste, Mme Zen… Et que j’ai fait la morte en ne répondant pas à leurs appels désespérés, eux qui cherchaient absolument à savoir si j’étais toujours en vie… Oui, je sais: c’est mal !! Très très mal !! Et ça ne me ressemble pas, moi qui ai pour habitude de toujours prévenir en cas d’annulation… Je n’en suis pas fière, mais les appeler était au-dessus de mes forces…

Pour leur dire quoi d’ailleurs? Que j’en avais ras le bol de voir leur tronche? Que la perspective de me refaire examiner mon intérieur me révulsait? Que les piquouzes ou autres cathéters me font presque avoir la nausée?

Bon, heureusement, Chéri à sauver les pots cassés et contacter le centre pour expliquer qu’on ne savait plus ce qu’on voulait faire. A priori, la secrétaire en a pris note sans se formaliser. Nous ne sommes de toute façon qu’un cas parmi tant d’autres…

De mon côté, j’ai envoyé un sms d’excuse à Mme Zen… Elle m’a répondu en me proposant une séance d’hypnose pour retrouver la paix… Mouais… Je ne suis pas en guerre !! Enfin si, peut-être… Ce serait une guerre intérieure alors…

En tout cas, pour le moment, je ne veux plus rien avoir à faire, ni de près, ni de loin, avec cette PMA qui me sort par les trous de nez.

J’ignore si tout ça est passager, comme une crise d’adolescence ou une crise de la quarantaine (ouais, je suis plus proche des 40 que des 15 ans… Mais t’es pas obligé de le penser !).

En tout état de cause, j’ai besoin de temps.

Je crois qu’on redoute tous, quand on débute notre parcours, cette dernière ligne droite qui nous conduit à la FIV 4. On y pense sans y penser avant la FIV 1. On grimpe dans notre brouette avec l’innocence des débutants (PrincessePi, c’est pour toi) et on avance vaille que vaille, sans se douter qu’on finira par troquer la brouette par une barque… Puis on prend conscience qu’un jour, peut-être, on sera à la place de ces copines qui galèrent… Parce qu’on réalise que oui, ça peut ne pas marcher !!

Sauf que des tickets pour la lune, il nous en reste encore pas mal à ce stade. Alors on repart, le coeur vaillant, en misant tout sur la FIV 2, celle de tous les espoirs. On commence à faire la tournée des charlatans spécialistes de tous bords (ostéo, acu, psy, magnétiseurs, homéopathe, j’en passe et des meilleurs…). Et à chaque nouvelle encourageante, on a envie d’y voir un signe !!

Puis patatrac !!! La chute est rude, parce qu’on tombe vraiment de notre cocotier. Boréal, on avait pourtant mis toutes les chances de notre côté !!! Et dépenser tant de fric pour un rendement si pourri…

Alors on accuse le coup. Et on commence à se poser des questions existentielles… Suis-je à la bonne place? Quel est le message subliminal que l’Univers m’envoie dans son immense charité? Est-ce une question de pénis (PrincessePi, re pour toi: défi relevé !!!)? Est-ce la bonne personne? En ai-je vraiment envie? Est-ce dans ma tête?

On prend le temps avant de repartir au combat, parce qu’on réalise que finalement, du temps, on risque d’en avoir bien besoin…

Arrive alors FIV 3 !! Celle-la, bouuuh, elle fait peur !!!

On commence à sortir les palmes, le tuba et les rames…


Pagaie, pas gai,
Sur cette vieille Loire.
Pagaie, pas gai :
T’arriveras nulle part,
Héron. {2x}

Là-haut, guetteur,
Vois-tu, vois-tu ailleurs ?

Bout d’bois, {2x}
Beau caoutchouc,
Flotte-moi {2x}
Plus loin qu’chez nous.
Baignoire, {2x}
Tu m’as menti.
Ailleurs, ailleurs c’est comme ici.

{Refrain:}
Rame, rame. Rameurs, ramez.
On avance à rien dans c’canoë.
Là-haut,
On t’mène en bateau :
Tu n’pourras jamais tout quitter, t’en aller…
Tais-toi et rame.

J’m’en vais {2x}
Mais l’eau est lasse.
Chaumont,
Langeais,
A peine Amboise.
Amour, cordon, ficelle serrée,
Lâchez, lâchez : j’veux m’en aller.


Cette chanson, étudiante, je la chantais à tue-tête, en écoutant le cd des Enfoirés. Mais je ne savais pas qu’un jour je prendrai autant la mesure des paroles…

A cette époque, innocente et naïve, je m’imaginais prendre ma guitare et fredonner cette chanson et tant d’autres à mon futur petit bout… Petit bout pour lequel j’avais déjà tant d’amour que j’allais voir une psy au top pour m’aider à gérer le deuil de ma mère. Et la peur des répétitions familiales… J’espérais si fort, au fond de moi, qu’un jour j’aurais la chance de voir briller les yeux de mon enfant à travers les miens…

C’était la belle époque… Celle de tous les possibles…

Puis j’ai grandi vieilli et comme beaucoup, j’ai fini par m’installer dans ma ptite vie planplan. Un boulot, un mec, un toit sur ma tête !! Le rêve pour un grand nombre !!

Sans doute que si bébé était là, près de nous, je me contenterais de tout ça. Mais voilà, tu le sais, il n’est pas là et Dieu seul sait (arf, en plus, je suis athée…) quand il arrivera dans nos vies.

Je vois plusieurs de mes copines se débattre comme des lionnes pour atteindre leur si beau rêve !! Carotte, les ICSI, Pépette, Automne et bien d’autres… Je les admire !!

Elles arrivent sans cesse à se préparer au coup d’après, avec une pugnacité et une rage de vaincre assez admirables.

Pour ma part, je n’ai plus cette force pour le moment…

Alors ça veut dire quoi? Ben ça veut dire que j’ai besoin de temps pour digérer tout ce parcours.

Des années à croire qu’on était un cas facile !! Que c’était peut-être dans nos têtes… Que la médecine mettait tout en oeuvre pour nous aider et que tout allait bien dans le meilleur des mondes.

Et en seulement quelques petites semaines, on a dit adieu à Hercule-Phoenix, appris que j’avais des ovocytes de marde et que les bestioles de Chéri étaient tellement pourries que les biologistes ne savaient pas si en IMSI ils pourraient en trouver des potables, envisageant à défaut l’ICSI.

Tout ça, bien entendu, à 10000 bornes des centres qu’on a consulté !! Tellement pratique quand on a un tas de questions à poser…

J’ai envoyé un mail à Grenoble il y a plusieurs semaines, mais je n’ai jamais eu aucune réponse. Ils sont injoignables les lundis et mercredi après-midi, donc autant te dire que c’est super pratique, puisque c’est les seuls jours où je suis libre… Mais à leur décharge, j’avoue que je n’ai pas été très insistante…

Du coup, on si on devait choisir demain, on s’orienterait sans doute sur Lyon, mais sans trop y croire non plus.

Je crois qu’on n’a plus confiance ni dans nos gamètes, ni dans la médecine…

Mais j’ignore s’il y aura un demain et si oui, quand?

Parce que oui, comme tu le vois, la fin de FIV 3, c’est la méga claque in your face !!

Et c’est la dégringolade… Jusqu’ici, tu te raccrochais à toutes tes copines qui sont à FIV 3, parce qu’elles sont encore nombreuses !! Mais fort heureusement, un certain nombre montent dans le train, en te laissant poursuivre seule le chemin.

Du coup, t’as beau chercher, tu trouves peu de copines en FIV 4 ou plus si affinités… Parce que c’est pas une légende, la plupart du temps, l’équation magique et logique, c’est ça:

PMA

Alors tu intègres doucement la hors norme de la hors norme… Et tu te dis juste que t’as vraiment pas de bol…

J’en suis là aujourd’hui. Et plus les jours passent, plus je me dis que je vais partir vers une destination inconnue pour faire le point sur ce que je veux et ne veux pas, pour mieux me (re)trouver et pour dire fuck à la PMA l’espace d’un instant…

partir loin

Mais bon, ne t’inquiète pas hein…

i'm fine

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