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Bon, il faut que je te le dise, je me sens un peu comme ça en ce moment (note la spéciale dédicace à mes Canards…):

se-sentir-different

Tu me diras, ça n’est un scoop pour personne !! D’autant que je me sens différente depuis… A bien y réfléchir, depuis que j’ai poussé mon premier cri sans doute. En tout cas, depuis que j’ai la capacité de me souvenir des choses de ma vie.

Enfant, j’étais un être hypersensible qui prenait tout au pied de la lettre. Quand mon frère et ma soeur, plus âgés, m’envoyaient valser en me disant « On va te tuer! » (façon de parler, à cet âge, évidemment…), je le prenais au premier degré et je dévalais les escaliers qui me séparaient de ma mère, en panique, submergée par la terreur et les larmes qui n’en finissaient plus de couler.

Du coup, forcément, je passais pour la chouineuse de service… Et aujourd’hui encore, mon frangin et ma frangine ne manquent pas de me railler en rappelant ces anecdotes qu’ils trouvent si drôles et qui prouvent que je n’étais qu’une petite capricieuse accrochée aux basques de sa môman…

En grandissant, j’avais bien d’autres priorités que de m’occuper de mes histoires de coeur ou de la marque de mes fringues (Chevignon, Fido Dido, Waïkiki?). Oui, je te le dis comme je le pense: j’en avais rien à carrer de tout ça !! Moi, ce qui me préoccupais, c’était surtout les disputes entre mes parents. L’alcoolisme de mon père. La dépression de ma mère. Autant te dire que je me sentais à 10000 lieues des préoccupations de la majorité de mes petits camarades de collège…

Puis est venu le temps du lycée, où j’ai commencé à vouloir voler de mes propres ailes, en arrêtant d’être la mère de mes parents. Sauf qu’un jour, de mère, je n’en n’ai plus eu. Du coup, il a fallu prendre en charge la maisonnée, tout en essayant d’avoir le bac à la fin de l’année de terminale. Entre les cours, la popote, les lessives, je peux te dire que je ne me sentais pas franchement sur la même longueur d’ondes que tous ceux qui passaient leur temps à parler de tel prof (tu sais, le bouffon qui blablabla), ou de Gertrude qui avait couché avec Raymond (et que même que c’était vraiment une cochonne) !! Ca me passait au-dessus et d’ailleurs, je crois bien que je ne faisais même pas semblant de m’y intéresser… J’essayais de m’entourer de personnes qui étaient plus en phase avec moi-même, mais elles étaient rares (et précieuses).

Cette année-là, personne n’aurait misé un kopeck sur ma réussite (moi la première!), et pourtant, contre toute attente, j’ai eu mon bac sans passer par la case rattrapage.

Mes années étudiantes m’ont vue quitter le nid familial, du coup, j’étais un peu plus « dans la norme ». Je passais mon temps à faire la bringue, à refaire le monde, à voyager (claquant le maigre pécule perçu lors de l’héritage de ma mère…) !! C’était la belle époque… Pourtant, si je faisais tout pour rentrer dans le moule de la normalité, pour autant, j’avais bien des préoccupations… A commencer par mon père, qui faisait n’importe quoi et pour lequel j’étais tellement angoissée !! Peur qu’il commette l’irréparable… Là encore, je ne me sentais pas vraiment « comme tout le monde ».

Un jour, j’ai fini par construire ma vie, à 10000 bornes de mes racines. J’ai rencontré Chéri puis j’ai eu un concours pas si facile que ça, qui allait changer ma vie. Même que le jour des résultats, comprenant qu’enfin j’allais pouvoir rentrer dans la norme, j’ai chialé tout ce que j’ai pu (de soulagement, mais aussi de peur, parce que je ne savais pas ce que ça voulait dire: « avoir une vie normale »…).

Avec Chéri, on a déménagé à plusieurs reprises, pour toujours avoir mieux et plus grand.

On a adopté 1, puis 2 et enfin 4 chats…

Ne manquait plus que le bébé pour parfaire cette vie devenue parfaitement « normale ». Et patatrac !!!!

J’ai toujours eu une vie atypique et parfois, je me demande si c’est pour ça que je subis cette maudite infertilité !!! C’est un peu comme une piqûre de rappel qui vient me dire: « Hé, ma cocotte: tu seras toujours différente, malgré tous tes efforts !! Tu vois, toutes tes copines, qui partagent sur leur(s) grossesse(s), leur(s) accouchement(s), et tutti quanti: tu vas les regarder toute ta vie en tant que spectatrice et tu ne pourras jamais partager ça avec elle !! Comme tu n’as jamais pu partager le reste… Tu es condamnée à être DI-FFE-RENTE !! Muahahahahahaha (là, imagine un rire ultra démoniaque…) »

Alors voilà où j’en suis… Je me sens à part, comme si je vivais ma vie non pas avec les autres, mais à côté d’eux. Je les observe, je les écoute, mais je ne me sens pas concernée…

différence

Cette photo m’évoque vaguement les trompes utérines… Tous vont du bon côté, et il y a une seule couillonne qui prend le mauvais chemin !!


Les autres, c’est tous ces autres qui ont eu ou vont avoir un enfant. Et ils sont super nombreux !!! C’est bien simple: je suis cernée… Nous sommes les bons derniers…

Ca me rappelle le cross auquel on était obligé de participer à l’école ou au collège. Je finissais toujours dans les derniers… La différence, c’est que je n’avais aucune motivation pour finir parmi les premiers. Courir pour courir, ça ne m’intéressait pas !!

Là, je suis ultra motivée pour la course à la maternité !! Parce que je sais qu’au bout, il y a la plus jolie des médailles… Seulement j’ai beau courir en y mettant tout mon coeur, toutes mes tripes, la seule chose que j’ai gagné jusqu’à présent c’est un bon gros point sur le côté et une terrible sensation d’essoufflement.

Il me reste encore quelques mètres (kilomètres?) et j’ai peur de ne pas franchir la ligne d’arrivée… Mais je vais tout donner, jusqu’au bout !! Parce que si je dois renoncer à cette médaille, il faut absolument que ça se fasse sans cette sensation de ne pas avoir puisé dans mes dernières ressources…

Demain, je vais rencontrer ma coach, une hypnothérapeute, qui va m’accompagner pour cette dernière ligne droite. Lundi prochain, je me ferai endochataliser pour voir s’il n’y a pas une mauvaise surprise qui viendrait nous obliger à reporter la course…

On est à J-29 avant notre départ et la pression monte crescendo… Vais-je avoir le droit d’avoir une vie « normale » à mon tour???

Réponse dans quelques semaines… Tic, tac, tic, tac…

iamrunningbecause

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