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Il y a encore quelques jours, je me sentais forte !! Si forte que j’étais persuadée de pouvoir déplacer des montagnes à moi toute seule !! Si forte que j’avais vraiment l’impression d’avoir fait des pas de géants en quelques mois !!

Je me revois il y a à peine 10 jours dans le cabinet de ma psy, dans cette pièce cosy et apaisante, assise sur ce fauteuil rouge: « Je me sens bien !! Vraiment bien !! C’est comme si la fin de la PMA m’avait libérée d’un poids et comme si je reprenais le contrôle de ma vie !! Je ne me suis jamais sentie aussi vivante depuis longtemps!! »

Bon, évidemment, je n’étais pas dans l’illusion que cet état était acquis à jamais… J’avais conscience que c’était sans doute encore fragile.

D’ailleurs, je ne comprenais pas pourquoi la psy n’arrêtait pas de me demander comment je me sentais dans l’être, puisque je n’évoquais que le faire. Mais la vérité, c’est que je ne laissais pas de place à l’être… Je l’étouffais sous des heures de boulot, oubliant parfois de me nourrir tant j’étais passionnée par ce que je faisais.

Alors oui, je me sentais vraiment bien !! Je veux dire que vraiment, j’avais retrouvé ma joie de vivre.

Combien de fois, au petit matin, je me suis réveillée en disant à Chéri: « Je suis de bonne humeur !! Je me sens heureuse !! »

Mais sans crier gare, tout s’est enchaîné et de nouveau, je me sens bien fragile… Ca ne m’angoisse pas, parce que je sais que les passages de down sont incontournables pour vivre les up ! Donc j’accueille sans paniquer, mais bon, tu t’en doutes, ça n’est pas très agréable…

Il y a d’abord eu mon J1, qui m’a fait réalisé que la RT se rapprochait à grands pas… Et toutes mes certitudes des dernières semaines de voler en éclat à coup de « Et si ça ne marchait pas…? » Les peurs, viscérales, qu’on n’y arrive jamais…

Les peurs, paradoxales, qu’on y arrive aussi… Oui, je sais, ça peut paraitre ahurissant… Mais vu mon état de fatigue du moment, quand je pense à Mme Caliméro qui, en rentrant du taf, doit faire la popotte et faire faire les devoirs à ses enfants, je me dis: « OMG!!! Mais je n’y arriverais jamais!!! » Parce que oui, je le crie haut et fort, mais rentrer dans la maison jaune et ne penser qu’à ma tronche, ça me va bien dans le fond !!

Serais-je capable de mettre une croix sur ces moments-là? Une petite voix me susurre que oui, apparemment…

Bref, tu te doutes bien que si j’écris parfois que je suis persuadée que ça va marcher, c’est que je le ressens vraiment sur l’instant et que j’y crois pour de vrai. 65% de chances, forcément, ça laisse la porte ouverte à tous les rêves !!

Mais il y a toujours cette part d’inconnu, d’incertitude, de « et si…? » (bordel, pourquoi ces deux petits mots ensemble sont si angoissants?) qui refont surface ponctuellement et qui forcément me rendent triste…

Ajouté au J1, il y a eu l’annonce de cette amie, qui venait de pondre sans que je n’ai jamais su qu’elle était enceinte… Je l’ai déjà évoqué…

Je crois que ça m’a vraiment renvoyée à ce sentiment d’être à part, toujours et encore…

D’aussi loin que je me souvienne, je me suis toujours sentie différente des autres !! On l’est tous, évidemment… Mais chez moi, c’était un sentiment très fort. … Combien de fois me suis-je entendue dire que je n’étais pas faite pour ce monde-là, ou que ce monde-là n’était pas fait pour moi???

Plus mature, plus utopiste, plus altruiste, plus naïve, plus sensible… Et tous les moins qui vont avec évidemment… Moins insouciante, moins réaliste, moins soucieuse de moi-même, etc…

Alors oui, je suis extrêmement consciente des raisons qui ont poussé cette amie à ne rien me dire. Et dans le fond, évidemment que je les comprends !! Mais n’empêche…

J’ai l’impression de vivre dans un monde parallèle depuis plus de 4 ans toujours, et quand je me retrouve confrontée à ce genre d’attitude, qui se veut certes protectrice, finalement, je me sens une fois de plus exclue de la vie « normale », sous prétexte, en l’occurrence, que je ne suis qu’une pauvre infertile qui court après un rêve que tellement peuvent réaliser en quelques galipettes !!

OMG, pourvu que je ne fasse pas pitié… !!!

Bon, et la cerise sur le gâteau, ça a été hier…

J’avoue que je pensais naïvement être à l’abri de nouvelles annonces, étant donné que tous nos amis sont devenus parents pour la première ou deuxième fois depuis notre mariage !! Et puis depuis la fin de la PMA, je me sentais forte et prête à entendre n’importe quelle annonce !! Comme si je n’étais plus vraiment concernée par tout ça…

C’était sans compter sur la soirée d’hier, durant laquelle on a vu nos amis hyperfertiles… Ils sont beaux, plus jeunes que nous, ont de supers situations, deux magnifiques rejetons qui pourraient dignement figurer sur les catalogues de mode enfantine, une belle maison… Bref, tout leur sourit !!

L’aînée, une fille, va avoir 4 ans. Son petit frère va avoir 2 ans en janvier. Ils ont tous les deux été conçus en C1…

Fin mai, au détour d’un apéro, juste avant notre départ pour FIV 4, Mme Parfaite m’a dit en plaisantant: « Il faut que j’en profite, parce qu’en octobre je ne pourrais sûrement plus boire… On essaye de lancer le troisième… »

Note le « sûrement » plein d’assurance !!

Je lui avais dit que je l’enviais de pouvoir être aussi sûre d’elle… Elle avait sourit, avec empathie…

Et puis voilà, tu t’en doutes, nous sommes en septembre et elle vient de nous annoncer sa troisième grossesse easy… 2 mois et demi !!! Bébé est prévu pour avril… Elle est donc tombée enceinte en C1 ou C2 cette fois encore !!!

Alors j’ignore pourquoi, mais je crois que c’est l’annonce la plus difficile que j’ai eu à encaisser…

Probablement parce que nous galérions déjà depuis 2 ans quand elle nous avait annoncé sa deuxième grossesse… Je me souviens du pincement au coeur que j’avais ressenti, comme si c’était hier… Ce sentiment d’injustice… Il est encore plus fort aujourd’hui: c’est si facile pour eux bordel !!!

Du coup, hier, secrètement, j’en venais à me dire: « Putain, mais faites en un quatrième et donnez le moi !!! »

Bref, je me sens plus seule que jamais…

Je sais qu’on va fêter Noël avec eux et nos BFF, qui viendront juste d’accueillir notre filleule… Ce sera familial, certes… Mais bon, j’appréhende un peu… Non pas que Noël soit plus difficile que d’autres moments de l’année !! Mais disons que les voir tous heureux et épanouis, à parler projets, décoration de la chambre, etc (comme ça a été le cas hier déjà…), je ne suis pas sûre d’être assez forte à ce moment-là…

Même si j’ai bon espoir que ce passage à vide soit éphémère, et que je rebondisse vite et haut très rapidement !!! Sans doute qu’en mettant des mots sur mes maux, ça aura comme souvent un effet expiatoire…

En tout cas, je crois qu’il va falloir que je me renferme dans ma bulle… Et que j’apprenne vraiment à être dans l’être plutôt que dans le trop faire qui n’est qu’une fuite…

Je crois qu’on est quelques unes à se sentir désespérément seules… Alors je veux que tu saches, toi qui me lis et qui te sens envahi par la solitude, qu’on est au moins deux (et même bien plus!) dans notre solitude.

fatiguee

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