Je ne peux pas dire que je suis féministe. Je suis humaniste avant d’être féministe. Mais j’ai eu envie de rendre hommage à toutes ces femmes qui se battent ou se sont battues pour faire évoluer les conditions professionnelles, sociales et personnelles de leurs congénères à travers les décennies et à travers le monde…

femmes

T’imagines quand même qu’il fut un temps où, en lieu et place des working girls que nous avons le choix d’être aujourd’hui, on était conditionnées à être de gentilles Bobonnes qui attendaient leur Maître mari, en faisant le ménage, la bouffe et l’éducation des gamins?

Aucune décision, aucune initiative, sous peine de passer pour une folledingue !! Ou de se prendre un sacré savon !!

Imagine un peu le délire…

Il est 6h30 du matin dans la petite bourgade où tu résides, toi et ta mignonne petite famille. Robert pose un pied alerte par terre, pour aller au turbin. Et toi, depuis 6h00, tu es déjà à pieds d’oeuvre dans la cuisine, en train de lui préparer son petit déjeuner et sa gamelle pour le déjeuner !! Sans quoi, tu risques au mieux de te faire avoiner la tronche, au pire, de te prendre une rouste… Donc bon, autant être conciliante et souriante…

D’ailleurs, n’envisage même pas de te plaindre auprès de quiconque hein !! « Comme on fait son lit on se couche », te répondrait ta mère…

Une fois le Robert parti, tu te sens un peu moins oppressée, mais ta journée de taf commence !!

A 7h00, après avoir subi les assauts de Robert, qui, en guise de « bonne journée », te pelote les fesses en te fourrant sa langue dans la bouche sans que tu n’aies le temps de donner ton consentement, tu décides qu’il est temps de faire tourner les premières lessives. Ah non, marde !! Tu n’as pas de lave-linge à cette époque…

Bon ben du coup, tu décides d’aller réveiller ta progéniture. Oui, dans cette vie-là, tu n’es pas infertile. Ou, si tu l’es, ton mari te répudie, puisque de toute façon, l’infertilité est FORCEMENT le fait de la femme: on ne va pas quand même pas remettre en question la virilité de ces messieurs nan mé o !!!.

8 chiards… Ben oui, la pilule, en ce temps-là, c’est interdit. Et le Robert est plutôt du genre chaud bouillant… Toi, tu n’as pas le moindre désir pour cette brute épaisse, mais bon, tu es une femme et on t’a bien expliqué, à l’église, le jour de tes épousailles, que tu devais remplir ton devoir conjugual (entendre par là: écarter les cuisses au bon vouloir de Môsieur…).

Une fois la marmaille éveillée, il te faut les laver, les habiller, les nourrir… Et les presser aussi, parce qu’il ne faut surtout pas qu’ils arrivent en retard à l’école, ni même dépenaillés, sans quoi, tu passerais pour une mère ingrate !!

8h, te voilà enfin libérée, délivrée… C’est là que tu commences à ranger la maison laissée sans dessus dessous par ta si mignonne petite famille.

9h, il est temps d’aller faire des emplettes dans l’épicerie du village. C’est qu’à 10 à la maison, il faut nourrir tout ce petit monde !!

Chargée comme une mule, tu reviens essoufflée dans ton royaume: ta cuisine !! C’est là qu’est ta place !! Tu déballes, tu ranges, tu nettoies, avant de commencer à préparer le déjeuner.

A 10h30, tu te presses, parce que c’est pas tout ça, mais il y a des lessives à faire !! Tu empaquettes le tout et te rends au lavoir du village. Là, enfin, malgré le travail un peu ingrat, tu retrouves tes copines et tu t’autorises à te plaindre. Parfois. Un peu. Jamais trop longtemps.

A 11h30, c’est d’un pas pressé que tu rentres dans tes pénates, le dos courbé par le linge alourdi par l’eau… Il est temps de faire réchauffer la daube pour que tout soit prêt au retour des enfants.

A 12h, tu pousses un profond soupir, en regardant le spectacle de ta vie: 8 enfants, que tu n’as pas forcément désiré, qui se chamaillent à table et pour qui tout est dû… Tu pourrais demander à Marie, l’aînée, de t’aider. Mais tu t’y refuses. Parce que tu lui espères un avenir meilleur !! Surtout qu’elle ne te ressemble pas…

Qu’elle choisisse. Son homme, ses études, sa vie… Juste ça, dans le fond: avoir le choix !!

A 13h, la maison se vide. Il est temps de ranger, de nouveau, de faire la vaisselle, d’astiquer le sol et les placards, car la maison d’une femme est son miroir: elle se doit d’être irréprochable !!

En milieu de journée, tu te lances dans des travaux de couture. Tu l’as promis à Gertrude, la femme du boulanger, qui te presse depuis une semaine pour avoir son dû. Pour un pécule si peu motivant mais qui te permet de te sentir utile et libre. Un peu. Si peu…

A 17h00, branle bas de combat !! Tout le monde est de retour !! C’est le temps des devoirs. Chacun s’attable dans la cuisine, en rang d’oignons, pour noircir son cahier d’une écriture incertaine mais appuyée, ou de calculs savants.

Tu envies tes petits, toi qui a dû arrêter l’école à 13 ans, parce que tes parents avaient besoin de toi pour ramener de l’argent dans le foyer. Ils t’ont d’ailleurs trouvé un emploi prometteur !! Tu seras bonne chez les Dubois. Ils sont gentils les Dubois. Surtout le père Dubois, le maire du village. Un peu trop à ton goût… Il a la main baladeuse. Mais quand tu en parles à ta mère, tu te manges une grosse baffe, parce qu’il est déjà bien gentil de te recevoir chez lui et de te donner du travail, alors bon, « Comme on fait son lit, on se couche » !!

Un jour de ta dix-septième année, tu réalises que tu n’as pas eu tes règles depuis un moment… Tu paniques… Et tu comprends… Il y a un mois, Mr Dubois est venu, une fois n’est pas coutume, te rejoindre en pleine nuit. Et vu que… « Comme on fait son lit, on se couche », ben tu couches…Tu n’as plus eu tes règles depuis cette nuit d’automne…

Tu te renseignes pour trouver une « faiseuse d’anges » qui saurait régler le problème. Mais tu ne trouves pas. Et tu as peur. Tu as entendu parler de cette voisine, Adèlaïde, qui un jour est allée voir une faiseuse d’anges et qui n’est jamais revenue…

Le temps passe, et tu essayes désespérément de dissimuler ton ventre qui s’arrondit, te sentant prise au piège et acculée. Ta mère finit par se poser des questions, avant de t’interroger.

Ni une, ni deux, la solution est toute trouvée pour tes parents, qui, secrètement, n’attendaient que ça pour te voir gravir l’échelle sociale !!! Mr Dubois, devant assumer, n’aura d’autre choix que celui de te donner la main de son fiston, Robert !! Le fils du maire !!! Quel honneur dans la famille !!

Mais il faut faire vite, parce que vu ton « état », ça va vite jaser dans le village…

A 17 ans et 7 mois, tu épouses donc en première noce le fils du maire, Robert, qui n’est autre que l’oncle du bébé que tu portes…

Bref, assez divaguer, il est temps de revenir à ici et maintenant. Robert va rentrer, et il ne faut pas tarder à préparer le dîner…

Cette histoire est une histoire romancée à ma sauce, mais pourtant si vraie… Je m’en suis inspirée en repensant à ces femmes de mon clan familial… C’était leur réalité !!

Aujourd’hui, on a le choix… Le choix de rester avec son mari ou de partir. De travailler ou pas. D’avoir des enfants (et de tout faire pour) ou pas. Même si bon, la nature aussi choisit parfois pour nous…

Mais boréal, ce choix, qu’il est précieux !!!!

Hier, 21 octobre, voilà 70 ans que les 33 premières femmes dans l’histoire de notre pays ont été élues députées !! Elles étaient employés de bureau, institutrices, infirmières… Merci à elles de s’être battues pour nous !!!

Pour conclure, voici une vidéo qui m’a vraiment bouleversée ces derniers jours et que j’ai envie de partager avec toi :

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