Il y a des dates qui vous marquent au fer rouge. Des évènements qui font qu’à tel endroit, à tel moment, on se rappellera encore dans 10 ans où et avec qui on était,  et ce qu’on faisait…

Moi j’étais bien planquée dans un cirque du caillou, ce lieu où les esclaves en leur temps se réfugiaient pour fuir la barbarie colonisatrice.

Et oui, j’avoue, je me suis sentie protégée et privilégiée.

Et pourtant, j’ai eu peur. Peur pour mes amis parisiens, dont certains habitent dans l’une des rues ciblée par les attaques. En allant chercher leur puce à l’école, jeudi, ils s’étaient arrêtés boire un chocolat chaud en famille dans un de ces restaurant…

J’ai tremblé pour tous ces autres amis, bons vivants, susceptibles d’avoir été présents à tel ou tel endroit de la capitale.

Puis j’ai pensé à toutes ces copinautes dont la plupart ont donné signe de vie depuis. Et les autres? Ne nous laissez pas imaginer le pire et venez nous rassurer !!!

Évidemment, il serait vain de chercher les bons mots.

En tant qu’humaniste, j’ai mal… Mal à mon pays et mal à mon monde.

En attaquant des lieux de loisirs, ces fanatiques se sont attaqués à la vie.

Alors notre seule façon de résister,  c’est de vivre avec encore plus d’envie, d’amour, d’humour,  d’espoir et de passion !!

Parce que,  comme je le dis parfois à mes loulous dans la cours de récréation: « Si tu montres à ton bourreau que tu es touché,  tu lui donnes exactement ce qu’il attendait!  »

Quand je pense à demain et à ce que je vais devoir dire à mes élèves, j’avoue que j’ai du mal à trouver les mots.

Je ne me cacherai ni derrière la marseillaise, ni derrière le drapeau tricolore car,  si c’est bien notre pays qui a été une nouvelle fois victime de la folie barbare, c’est bien le monde et ses valeurs les plus fondamentales, une fois de plus,  qui ont été visés.

Je reste persuadée que nous tous,  adultes, et particulièrement les professionnels de la petite enfance, nous avons les moyens, individuellement, de pouvoir participer à un monde meilleur.

J’ai lu ici ou là que ces terroristes étaient jugés comme sans talent.

Et je suis persuadée que la société a toujours porté ce regard sur ces jeunes perdus, sans repère… Combien d’adultes ont dû leur laisser croire qu’ils n’avaient aucun avenir?

Lycéenne, je me suis entendue dire ça par ma prof d’histoire-géo. Sauf qu’il m’a suffit d’entendre ces mots pour avoir un sursaut de fierté et,  tout en haussant les épaules avec dédain, me dire que j’allais lui prouver qu’elle avait tort.

Et j’ai décroché un 18 dans sa matière au bac…

J’en ai été capable parce que ce qui me différenciait de ces kamikazes, c’est ce profond amour de la vie que m’avaient sans doute insuffler mes parents. Alors qu’eux mêmes n’étaient déjà plus vraiment vivants… Et,  surtout,  cette immense résilience sur laquelle je m’appuie encore si souvent…

Je ne prétends pas qu’à moi toute seule je vais révolutionner la face du monde. Mais je crois qu’il est de notre responsabilité de poser un regard bienveillant sur tous les adultes en devenir.

Parce qu’il suffit d’un geste et d’une parole pour changer le cour de l’histoire d’un gamin. Et peut être le cour de l’Histoire de l’humanité…

En chacun de nous, adultes, sommeille l’enfant d’hier. Et si,  hier, on avait dit à ces gamins bardés d’explosifs et de kalachnikov qu’ils avaient du talent et qu’ils pouvaient croire en l’avenir? Si on leur avait tendu la main? Si on leur avait offert sur un plateau d’argent le plus beau des cadeaux: la confiance?

Confiance en eux, confiance aux autres, confiance en l’avenir, confiance en la vie…

Au lieu de ça, ces mecs,  qui ne croyaient plus en rien parce qu’on leur a laissé croire à l’argent facile dans leur cité, ont croisé le chemin des mauvaises personnes. Au mauvais endroit. Souvent au détour d’un court passage en taule pour de petits délits.

Ils ont croisé le chemin de pervers narcissiques qui savent très bien trouvé les failles pour transformer des gamins perdus en bêtes de guerre assoiffés de mort et de sang !!

Pour la première fois sans doute, on les a fait se sentir importants,  en leur confiant, au nom de je ne sais quel Dieu, une mission divine. Celle non pas de vivre mais de mourir en martyre !!

« Tu seras quelqu’un mon fils… »

Alors,  pour la postérité, ces dingues et ces paumés se laissent embrigadés.

Je ne peux m’empêcher de penser que s’ils avaient croisé le chemin de quelqu’un de bienveillant qui aurait vu en eux du talent et du potentiel,  peut-être,  je dis bien peut-être,  que l’histoire aurait pu être différente…

Alors je vais continuer,  personnellement, d’être fière de chaque réussite de mes petits et de les valoriser à outrance. Pour qu’ils croient en eux et pour qu’ils croient en un avenir meilleur.

Et demain, quand je vais évoquer ces événements avec eux, sans trop savoir comment trouver les mots encore, j’espère qu’ils ne retiendront que mes encouragements à s’aimer, se tolérer et se respecter davantage…

Parce que après-demain, c’est certain, les actes islamophobes se multiplieront. Parce que Marine voit un tapis rouge se dérouler sous ses pieds, elle qui refuse d’honorer une convocation chez le juge prétextant un emploi du temps surchargé. Parce qu’on va nous dire tout et son contraire sur les événements. Parce que la prochaine étape sera sans doute de monter crescendo dans l’abject (en s’attaquant à des écoles? ). Parce que tout ça ne fait que commencer et que le seul moyen de lutter est de choisir la vie.

Avoir peur,  c’est leur offrir ce qu’ils cherchent…

Alors n’ayons pas peur et aimons-nous bordel de merde !!

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