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Bon, il paraît qu’il faut que ça sorte !! Hier, une amie est passée. Elle aussi avait un moral faiblard. Cette rencontre a été l’occasion de faire ressortir très partiellement ce que je ressens. Si si, même qu’il y a eu des petites larmes, que j’essayais tant bien que mal d’étouffer, pour changer…

Ce qu’il en est ressorti, c’est cette immense colère. C’est un début…

En colère contre tout ces conseils prodigués par Monsieur et Madame Tout-le-Monde, qui n’ont eu de cesse, ces quatre dernières années, de me dire ce qu’on devrait faire ou ne pas faire pour que ça marche.

Tu sais, celui qui précisément n’a JAMAIS été confronté à ce que tu traverses, mais qui, sous prétexte que ça a fonctionné pour lui (grand bien lui fasse!), se sent investi d’une mission de conseiller en procréation.

Les conseils ont d’ailleurs évolué au fil du temps.

Au début, ils portaient davantage sur la manière de faire. Autrement dit, on faisait mal… Oh oui, toi le fertile, apprends-moi comment on fait les bébés !!!

« Il faut augmenter la fréquence des rapports… » Rassure-moi, t’es pas dans notre lit quand on s’envoie en l’air pour savoir à quelle fréquence on fornique??? Bon, certes après 4 ans à montrer mon anatomie à qui veut, je suis moins encline aux câlins… Mais au début, on mettait vraiment du coeur à l’ouvrage !!! Puis au fil des échecs, on (enfin surtout je…) a fini par ne plus croire à notre propre pouvoir procréatif. Comme si, là où la médecine échoue, on n’avait aucune chance que ça fonctionne… En oubliant que faire des galipettes, c’est juste agréable et qu’on n’est pas obligé de « baiser utile »…

« T’as essayé la technique du poirier? Ahah » Tu ne veux pas non plus que je nous prenne en photo pendant l’acte pour analyser si telle ou telle position te semble correcte ou pas???

« Il paraît qu’il ne faut pas aller aux toilettes juste après… »

« T’as pensé à rester allongée un moment après le rapport? »

Tu te doutes bien que j’ai TOUT essayé !!! En 4 ans et demi, je suis même allée jusqu’à implorer Sainte-Rita !!!

Bref, petit à petit, les gens n’osent plus aborder la question de la sexualité, parce qu’ils comprennent bien que quelque part, il y a peut-être autre chose qu’une simple incapacité à savoir faire…

Du coup, ils te sortent les indémodables:

« Mais tu sais, je connais quelqu’un, quand ils ont décidé d’arrêter/d’adopter… » On nous la sort constamment. D’ailleurs, et je ne l’ai pas évoqué, mais l’ostéo et la kiné (que j’ai vu la même journée), y sont allés de leurs conseils à ce sujet: « Il faut lâcher prise, arrêter d’y penser… blablabla… Je connais quelqu’un… » MAIS TA GOULE !!!!!! 4 ans et demi qu’on me parle de la connasse de cousine de la voisine de Gertrude !!! Elle me les brise menu la Gertrude !!!!

J’ai d’ailleurs rétorqué que ces grossesses miracles ne représentaient que 3%. Généralement, ça coupe court. Sauf que l’ostéo, tout sympathique et empathique qu’il était, a rétorqué: « Ah moi, les statistiques, j’y crois pas une seconde ! Ou alors, ça veut dire que je les ai vu, les 3% ! »

Bon, bien entendu, la liste est loin d’être exhaustive, mais voilà déjà ce que j’entends et qui m’excède. Pourtant, je conserve en toute occasion mon sourire ultrabright et je prends sur moi.

Comment avoir envie d’en parler à son entourage, comme me le conseille l’ostéo, si c’est pour entendre ENCORE ce genre de conneries???

Pourquoi les gens ont a ce point besoin de donner leur avis et de se sentir utiles, alors qu’on ne leur demande RIEN?

J’avoue, il m’arrive de donner des conseils, comme je l’ai fait hier avec cette amie. Mais je parle TOUJOURS de ce que j’ai moi-même expérimenté !! Jamais je ne dirais à quiconque, sur un ton presque injonctif: « Tu DOIS faire comme ceci ou comme cela ».

Donc voilà, les gens m’exaspèrent. C’est dit !!

Finalement, c’est simple, ce que je voudrais, ce serait juste qu’on nous demande des nouvelles (ce que presque plus personne n’ose faire…), et qu’on se contente d’écouter la réponse avec bienveillance. C’est trop demandé???

Bon, il y a aussi un truc qui m’agace au plus haut point, c’est que, sous prétexte que je n’ai pas d’enfant, j’ai l’impression que dans l’esprit des gens, ça fait de moi quelqu’un de disponible et donc de corvéable.

En gros, tu peux me garder les gamins? Tu peux nous emmener à l’aéroport (au moins 5 fois dans l’année…)?

Si on part en week-end quelque part, forcément, on se contente de la dernière chambre qui reste, parce que les familles sont prioritaires !! Et puis d’ailleurs, on n’a même plus notre mot à dire parfois et on se retrouve à se voir imposer un mouflet dans notre chambre. Parce que bon, vu qu’on n’a pas de gamin, on a la place pour accueillir ceux des autres…

Bordel, je ne pensais pas écrire un tel roman juste sur la colère que je ressens… Et si c’était fini, mais non !!!

Parce que s’il y a bien un domaine qui m’excède plus qu’un autre, c’est le domaine médical…

Simone l’a si bien exprimé dans son dernier billet… Carotte avant elle… Comment peut-on être aussi peu considéré en tant qu’être humain???

C’est simple: au sortir de ce parcours, je me sens déshumanisée. Le mot peut sembler fort, mais pourtant, c’est le cas… Je ne suis plus qu’un robot qui avance en mode automatique, comme si j’étais téléguidée par mon seul désir de maternité…

Je ne suis pas rentrée dans les détails parce que c’était juste trop, mais la biopsie a été un vrai mauvais moment.

Jamais Dr Dino n’a été à l’écoute de l’appréhension que j’exprimais, si ce n’est en proposant de faire éventuellement l’examen sous hypnose. Mais bon, c’était parce que j’insistais et qu’il a voulu couper court…

Le jour J, il m’a dit: « Mais ce n’est rien ça !! Ca ne fait pas mal !! » J’ai eu une furieuse envie de lui demander s’il voulait que je lui fasse une biopsie testiculaire comme ça, à la dure, sans aucun anesthésiant. Nan mais o, c’est pas toi qui te fait prélever un bout d’endomètre sans déconner !! Qu’est-ce que tu connais de cette douleur??? Tu prélèves, tu ne subis pas !!

Et il y est allé comme un bourrin… J’avais beau exprimer ma douleur, à coup de « Aïe Aïe Aïe !! »,  il en avait rien à secouer et restait focus sur le geste. J’ai rarement eu autant la sensation de n’être qu’un vulgaire bout de barbaque…

Mais s’il n’y avait eu que cette biopsie… Tous ces transferts réalisés dans des salles austères, à la peinture terne, totalement impersonnelles et aseptisés et ces gestes, presque robotisés… Souvent douloureux et expéditifs…

Comme je le disais à Simone, je crois que de loin, ce qui a rendu le parcours aussi douloureux pour moi, ce n’est pas tant l’attente, le vide et l’absence de cet enfant, que tout ce que je viens d’exprimer dans ce long monologue. Et on peut le résumer en quelques mots seulement: absence de considération

Voilà ce qui m’a sans doute réellement abîmée…

Tiens, je sens la tristesse pointer: c’est bon signe… 🙂

Merci en tout cas pour ta présence et pour tes mots. Et ta patience aussi, parce que j’imagine que ça ne doit pas être toujours agréable de lire les pérégrinations d’une nullipare (pas si nulle hein!) torturée…

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