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C’est après avoir pu exprimer toute la colère qui se terrait au fond de moi depuis si longtemps, que les vannes se sont ouvertes et que je me suis laissée happer par une infinie tristesse.

Je suis triste, oui… Triste de constater qu’on n’y est pas arrivé. Pas encore…

Des années de combat et toujours rien… Peut-être que ce sera vain et qu’il n’y aura jamais rien que le vide et le manque…

Cette insouciance perdue. Je crois que c’est ce qui me blesse le plus… Tu m’aurais connue, des années en arrière, tu aurais vu cette nana pleine de vie et d’entrain qui, malgré les vicissitudes de l’existence, avait une soif de rire, de découvrir et de vivre si forte !!

J’étais du genre à minimiser un peu tout et à voir dans le moindre rayon de soleil ou le moindre nuage tout ce qui faisait que la vie valait irrémédiablement la peine, ou plutôt la joie, d’être vécue !

Je ne me prenais jamais la tête… J’étais heureuse… Même si j’avais des passages à vide, comme tout le monde, mais globalement, je peux le dire : ma vie se conjuguait au Bonheur.

Alors je le sais, cette nana est toujours là, mais elle se sent parfois submergée par tout ça…

Elle a perdu confiance.

Je le vois par mon métier : j’ai tant à donner à des petits êtres en devenir… Et à recevoir aussi !! Parce que j’ai appris au fil des années, que je méritais qu’on me donne…

Je suis triste de ne pas pouvoir humer l’odeur de notre petit, entendre ses gazouillis, toucher sa peau duveteuse, plonger mon regard dans ses yeux remplis de tendresse, goûter aux petites et grandes joies des premières découvertes…

Je suis triste d’être spectatrice de la vie des autres, et surtout de ma propre vie…

Triste de ne pas pouvoir devenir maman, mais aussi tellement triste que Chéri ne puisse devenir papa.

Je le sais, on serait de beaux parents…

Je l’imagine, lui, en train d’apprendre à notre petit à faire du vélo. Et moi, anxieuse, derrière, à suivre avec la trousse à pharmacie et les Mercurochromes, ces pansements des Héros.

Je m’imagine, moi, en train de chanter de douces berceuses pour rendormir notre ange, après un vilain cauchemar, caressant ses cheveux qui fleurent bon le P’tit Dop, qui ne pique pas les yeux…

Je nous vois voyager à travers le monde, en lui montrant qu’au-delà de notre caillou, il y a des paysages, des gens et des cultures qui méritent d’être connues.

Qu’il y a nous, mais qu’il y a tous ces autres et que même si le monde est parfois moche, on peut toujours essayer, à notre petit niveau, de déposer des petites touches de couleur et de lumière pour faire en sorte que le tableau devienne plus beau.

Je suis triste parce que je voudrais me prendre la tête sur le choix de la poussette, la liste de naissance, la couleur de la chambre, sa décoration. Me poser des questions existentielles sur les jouets sexués ou non. Le rose, le bleu ou le taupe…

Je voudrais moi aussi me mettre à la couture pour confectionner de mignonnes petites sorties de bain, ou des tours de lit, ou mon sac à langer !!

Oui, je voudrais, mais j’en suis privée, et je suis triste… Si triste…


J’ai écrit cet acte II hier, juste après l’acte I…

Et quand Chéri est rentré du travail, il m’a trouvée en train de chouiner dans le lit. Il m’a demandé: « Mais qu’est-ce qu’il y a? » Et là, tout est sorti…

Je lui ai lu les 3 derniers articles, dont celui-ci, et sa réaction a été choupinette. Il m’a serré très fort dans ses bras, en me disant: « On va y arriver, c’est sûr, on va finir par y arriver… »

Avant de finir par exprimer ce qu’il ressentait lui aussi (bon, il a fallu lui tirer un peu les vers du nez…).

Et en gros, on en est au même stade de colère, de sentiment d’injustice et de tristesse…

Mais au moins, ça nous a fait un bien fou de mettre des mots sur tout ça et de partager nos ressentis !!

Je n’ai aucun conseil à prodiguer aux pmettes débutantes, parce que après tout, chacun fait ce qu’il peut, comme il peut. Mais je crois qu’il est primordial de réussir à communiquer avec sa moitié, au risque de voir un fossé se creuser entre nous…

Rappelons que sur le 1 couple sur 2 qui sort de ce parcours les bras vides et le coeur en miettes, il y a tous ces couples qui ne survivent pas à la PMA…

Combien de fois on aurait pu sombrer, nous aussi, en s’engouffrant dans le fossé d’incompréhensions et de non-dits? Trop…

Bref, depuis que j’ai réussi à extérioriser tout ça, je me sens un peu mieux. Un peu plus légère.

Et puis ce matin, j’ai regardé une émission hommage à Daniel Balavoine. Et c’est fou, mais j’ai eu une révélation.

30 ans qu’il nous a quitté… Ca peut paraître dingue, mais je me souviens comme hier du jour où j’ai appris qu’il était mort. Je n’étais pourtant qu’une toute petite fille de 5 ans…

J’avais pleuré de tristesse. Et j’étais vraiment si triste, comme si on m’arrachait une partie de moi-même.

Il paraît que c’est vers 5 – 6 ans que les enfants prennent conscience de la finitude de l’existence. Je crois que c’est ce jour-là que j’en ai pris conscience réellement. Avec la mort de Balavoine…

Moi qui ne suis pas du genre fanatique, je dois avouer que je l’ai sans doute été de cet homme. Pas seulement fan de l’artiste, dont je connaissais pourtant chacune des chansons par coeur, les entonnant à tue-tête dans ma chambre. Ces paroles engagées qui me parlaient déjà tellement…

Non, j’étais aussi et surtout fan de l’homme !! Pourtant, j’étais si jeune… Mais je crois qu’il a remplacé la figure paternelle que je n’avais pas vraiment à la maison. J’aurais voulu, sans doute, avoir un papa comme lui, charismatique, talentueux, affirmé…

Balavoine, comme Coluche, était un de ces artistes authentique, visionnaire et combatif, qui n’avait pas peur d’ouvrir sa bouche et de condamner ce qui était condamnable. Comme un porte-parole d’une jeunesse déjà un peu paumée… Il croyait dur comme fer qu’il pouvait changer le monde.

Avec le recul, j’ai compris que cet homme avait conditionné en partie l’adulte que je suis devenue. Ca peut paraître dingue, et pourtant… C’est cette intervention, qu’on a tous vu et revu, qui m’a fait ouvrir les yeux sur le monde qui nous entoure:

Plus de 30 ans après, ses propos vindicatifs sont toujours tristement d’actualité, ce qui me fait dire que rien n’a vraiment changé… Ou si, mais pas forcément dans le bon sens…

Que dirait-il, aujourd’hui, s’il était encore des nôtres? Et Coluche? Ils doivent se retourner dans leur tombe…

Plus aucun artiste n’a le cran que ces mecs avaient !! Aujourd’hui, ils se prostituent en se montrant dans les médias uniquement pour vendre leur produit. Très peu osent prendre position. Ou alors si, mais ils feraient mieux de s’abstenir… Je ne citerai pas de nom !! 🙂

D’ailleurs, lors de cette soirée hommage, tous les artistes venus interpréter des titres de Balavoine en ont finalement profité pour faire leur promotion… C’est dégueulasse !!

Bref, j’ai appris en regardant ce reportage que la chanson « Evidemment », écrite par Michel Berger et interprétée par France Gall, a été composée en sa mémoire…

Alors je l’ai réécouté, et finalement, en étant attentive aux paroles, j’ai eu l’impression qu’elle résumait parfaitement la colère et la tristesse que j’ai exprimé..

«Evidemment»

Y a comme un goût amer en nous
Comme un goût de poussière dans tout
Et la colère qui nous suit partout

Y a des silences qui disent beaucoup
Plus que tous les mots qu’on avoue
Et toutes ces questions qui ne tiennent pas debout

Evidemment
Evidemment
On danse encore
Sur les accords
Qu’on aimait tant

Evidemment
Evidemment
On rit encore
Pour les bêtises
Comme des enfants
Mais pas comme avant

Et ces batailles dont on se fout
C’est comme une fatigue, un dégoût
A quoi ça sert de courir partout
On garde cette blessure en nous
Comme une éclaboussure de boue
Qui n’change rien, qui change tout

Evidemment
Evidemment
On danse encore
Sur les accords
Qu’on aimait tant

Evidemment
Evidemment
On rit encore
Pour les bêtises
Comme des enfants
Mais pas comme avant
Pas comme avant

Mais oui, promis, on rit et on danse encore la vie… A l’image de ce bouquet, que Chéri m’a offert vendredi soir:

bouquet

Si la vie n’est qu’un passage, sur ce passage, au moins, semons des fleurs. – Montaigne

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