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Dans quelques semaines, une illustre inconnue subira une stimulation hormonale, afin d’offrir un précieux cadeau à des personnes dont elle ignore tout, si ce n’est leur difficulté à concevoir un enfant.

A ce jour, je n’ai aucune information sur cette femme, mais je me l’imagine… Je la vois jeune, assez grande, les cheveux clairs et le teint assorti. Elle sera peut-être étudiante. En littérature, ou en psychologie? Ou peut-être jeune maman… Elle aura des défauts, mais aussi des qualités. Parmi lesquelles la générosité… C’est d’ailleurs ma seule certitude à l’heure actuelle !

Je ne sais rien d’elle, et pourtant, j’éprouve de la gratitude et de l’admiration pour elle. Pour ce cadeau si précieux qu’elle s’apprête à nous offrir. Mais aussi pour tout ce qu’elle s’apprête à subir pour nous. Parce que je ne sais que trop à quel point c’est épuisant !

Le subir pour soi, c’est un fait. Nous n’avons pas vraiment d’autres alternatives après tout. Mais le subir pour d’illustres inconnus: OMG !!!

Toutes ces injections, parfois douloureuses, qui laisseront peut-être quelques traces de notre passage éphémère dans sa vie, petits hématomes qui très vite s’estomperont. Les examens, souvent intrusifs, qui viendront confirmer la (forcément bonne!) réponse ovarienne. L’anesthésie générale suivie de la ponction, que je lui souhaite la moins douloureuse possible.

Pendant ce temps, un homme dont on a reçu le profil se présentera à la clinique pour faire son recueil. Il est grand, de corpulence moyenne, avec des cheveux bruns et des yeux verts. C’est un étudiant. Un scientifique ! Puisse-t-il transmettre ce gène à nos petits, puisqu’il nous fait défaut  !

J’ignore quelles sont les motivations de ces deux êtres qui, sans le savoir, sont sur le point de faire fusionner leurs gamètes et de concevoir des embryons qui, peut-être sans doute, deviendront nos enfants.

Comment en vient-on au don de gamètes?

D’autant que c’est une démarche bénévole…

Je conçois aisément qu’on puisse donner son sang, sa moelle osseuse ou ses plaquettes ! En revanche, je me demande comment on peut avoir envie de donner ses ovules ou ses spermatozoïdes, sachant que cela engendrera une nouvelle vie… C’est comme donner un petit bout de soi-même! Ca me paraît tellement… fou? Et tellement beau surtout !!

Pour être tout à fait honnête, j’avoue qu’avant d’être confrontée à l’infertilité, ça ne m’aurait probablement pas traversé l’esprit de donner mes ovocytes. C’était un monde qui m’était alors totalement inconnu, et je dois avouer que je ne savais même pas vraiment que ça existait… Je vivais tranquillement au pays des Bisounours et de Oui-Oui, la tête dans le bocal, sans me poser la moindre question sur ce que pouvaient vivre tels ou tels couples. Ce n’est pas que je ne m’y intéressait pas, mais c’est un monde qui m’était totalement étranger !

Alors oui, j’ai touché du bout des doigts le monde de l’infertilité avec ma soeur, qui a longtemps galéré avec son mari. Mais ayant réussi à FIV 1, elle est venu confirmer dans mon esprit le fait que FIV rime avec bébé. L’équation n’était pas plus compliquée que ça ! Quand je te dis que je suis nulle en sciences…

Bref, ce qui me questionne, c’est de savoir comment ces donneurs anonymes ont entendu parler du don? Et surtout, pour quelles raisons ont-ils voulu donner un petit bout d’eux-mêmes à des gens dont ils ne connaissent rien?

Je me dis qu’ils doivent avoir une des qualités à laquelle je suis le plus attachée: l’empathie ! Et la générosité évidemment…

Ces questions-là, je me les pose aujourd’hui, parce que dans la mesure où on ne compte rien cacher à nos enfants sur leur conception, je me dis que probablement, un jour, ils me poseront la question…

Je crois que finalement, je leur répondrais sans doute que, comme nous, ces personnes devaient sans doute être attachées à la vie et à l’humanité…

Comme tu le vois, je ne peux faire que des suppositions concernant ces donneurs et je suis donc naturellement mieux à-même de te parler du don, du point de vue des receveurs…

Quand et comment en vient-on à envisager le don?

Je crois ne m’être renseignée véritablement qu’à l’issue de la FIV 3. Et encore, de très loin, parce que j’avais l’impression idiote que si je me renseignais trop, je condamnerais d’avance la FIV 4, qui n’aurait lieu que dans les mois suivants…

A cette époque, j’ai cherché quelques informations sur la clinique dont j’avais le plus entendue parler. J’ai lu quelques témoignages, mais pas trop non plus. Je ne voulais pas en savoir trop… Pourtant, Chéri et moi étions d’accord sur un point: en cas d’échec de FIV 4, nous tenterions notre chance !

Et est arrivé ce qui devait arriver…

Très vite, j’ai eu besoin de me raccrocher aux nouveaux possibles, besoin de me projeter dans cette nouvelle aventure, sans doute parce que je refusais d’admettre l’idée que c’était terminé. Je voulais défier ce que la vie nous imposait, en organisant dès que possible la suite de l’histoire.

J’aurais peut-être dû prendre le temps d’accuser le coup, mais je crois que j’avais trop peur de sombrer à cette époque… Il me fallait une bouée de sauvetage… Et justement, le don représentait cette bouée qui, en pleine tempête, nous empêchait de nous noyer dans notre détresse…

Nous n’avons à aucun moment hésité sur le choix de la clinique ! Nos enfants seraient conçus à 10000 bornes d’ici, au-delà de plusieurs mers, dans un pays si cher à notre coeur. C’était dès le départ une évidence. Notre évidence.

Il a par la suite fallu monter tout un dossier en précisant notre profil sanguin, physique et médical. Planifier la date de la ponction et du transfert. Gérer l’achat des billets d’avion. Se renseigner pour savoir si nous pourrions bénéficier d’une prise en charge partielle. Puis sont venus les examens complémentaires…

On était alors dans l’action.

Il a fallu de la patience, encore et encore. Des mois d’attente… Et cette impression que notre vie était suspendue entre deux mondes parallèles. Celui de ceux qui sortent du parcours pmesque français sans enfant, et celui de ceux qui se réconcilient doucement avec l’espoir que le parcours donesque autorise…

Nous n’étions plus dans la catégorie des fertiles depuis déjà bien longtemps, mais nous avions le sentiment nouveau de ne plus non plus faire partie de la catégorie des pmettes et pmecs en essais. Etrange sentiment que celui-ci…

Plus que jamais, j’ai alors eu le sentiment d’être spectatrice de la vie des autres. Spectatrice de ceux qui n’avaient aucune difficulté à voir leur projet avancer. Spectatrice de ceux qui étaient dans cette action épuisante, mais, pourtant, qui laisse la porte ouverte à tous les possibles. Spectatrice de ceux qui n’avaient plus aucun espoir et qui tentaient de panser leurs plaies.

J’ai eu du mal à trouver ma place et je ne pense pas encore l’avoir trouvée.

Mais à l’idée que l’aventure commence enfin, je sens l’espoir grandir en moi au fil des jours.

Et si le premier jour du reste de notre vie était maintenant?

 

 

 

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