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Il paraît que derrière chaque émotion se cache une peur. Ce qui laisse penser que la peur est partout, tout le temps. Et qu’elle contrôle une bonne partie de nos actions, de nos pensées et de nos envies.

D’aussi loin que je me souvienne, je crois que j’ai toujours grandi dans l’insécurité et dans la peur… Mes parents eux-mêmes évoluant dans une perpétuelle insécurité (affective, émotionnelle, amoureuse, sociale, financière…).

Enfant, je faisais des cauchemars atroces, dans lesquels j’étais poursuivie, très souvent par un homme qui cherchait à me tuer. Bien plus tard, j’ai compris que ma mère m’avait inconsciemment transmis sa peur des hommes…

Ma plus grande peur, je n’en ai pris conscience que très récemment. Finalement, j’ai réalisé que j’avais peur de la mort. Cette mort qui fait partie intégrante de mon histoire de vie, à tel point que j’ai récemment compris que je n’étais moi-même ni tout à fait vivante, ni tout à fait morte…

D’où mon besoin d’être sans arrêt dans l’action pour avoir l’illusion d’être en pleine vie !! Apéros, concerts, voyages, boulot, etc, etc, etc. Il faut, comme une injonction, que ma vie soit bien remplie, qu’elle déborde d’actions !! Sauf que bon, mon corps, il m’a dit: « Hey, ma cocotte, ça commence à bien faire tes conneries !! Tu ne veux pas m’écouter quand je te dis de te calmer, et ben je vais sévir un coup !! » Je me retrouve donc amoindrie physiquement… La nature est bien faite paraît-il… Ahahah !! Du coup, je réalise qu’on peut être encore plus vivant sans être dans l’hyperactivité… Et là je peux te dire que j’ai suffisamment le temps de prendre du recul sur tout ce que je vis pour me sentir pleinement vivante !!

gandhi

Mon enfance a été marquée par des morts successives. Tout a commencé à 9 ans, lorsque j’apprenais celle d’un de mes oncles préférés, ce vieux garçon un peu taciturne, qui, d’après la famille, n’a jamais assumé son penchant pour les hommes, ce qui l’a conduit à commettre l’irréparable.

Je crois que c’était la première fois que j’étais confrontée à la finitude de la vie. C’était violent. Je me souviens ne pas avoir réagi sur l’instant, avant d’éclater en sanglot quand j’ai compris que je ne le reverrais jamais…

Cet oncle qui nous traitait comme ses propres enfants. Qui aimait nous offrir des bonbons La Pie qui Chante, en fractionnant les portions en deux. « D’abord la moitié, puis l’autre après! » On n’était jamais frustré, parce qu’on savait que systématiquement, on finirait par manger le bonbon en entier !

Quelques années plus tard, la famille a vécu une véritable hécatombe. Un oncle, le jour de mon anniversaire, alors qu’on s’apprêtait à couper le gâteau. Ma grand-mère, deux mois plus tard, qu’un soudain cancer a emporté subitement. Un autre oncle, l’année suivante, balayé d’un cancer du poumon fulgurant. Ma mère, suivie quelques mois plus tard de ma grand-mère et de mes deux arrières-grands-parents, les mois suivants…

J’ai flirté si près avec la mort que je ne sais plus ce qu’est la vie…

D’ailleurs, même certains vivants qui m’entourent, ne sont pas toujours vivants ! Mon père s’est éteint il y a de cela de nombreuses années et ce n’est plus que le fantôme de lui-même. Vivant seul, dans une grande maison mal entretenue, sans aucune vie sociale. Une vie rythmée par le marché, deux fois par semaine, et une visite hebdomadaire chez sa soeur. Tout est ritualisé. Pas de place à l’imprévu ! Surtout pas…

Il a arrêté de sortir, de manger, de rire, de parler… Il s’est enferré dans le silence et la douleur…

Pourquoi je te parle de tout ça?

Parce que je crois que ma plus grande peur, aujourd’hui, c’est de ne pas réussir à donner la vie !! Un comble pour quelqu’un qui ne connaît que trop la mort…

Et, si tant est que la vie parvenait à se nicher au creux de moi, moi qui ai une soif de vivre et d’exister débordante (pour compenser ma peur de la mort, si tu suis bien…), je suis pourtant terrifiée à l’idée de ne pas réussir à transmettre cet élan vital à nos petits…

Et puis j’ai peur de changer mes habitudes. Peur de me fourvoyer en pensant que je veux un enfant alors que ce que je voudrais plus que tout, pour une fois dans ma vie, ce serait juste d’intégrer une norme dont je me sens de plus en plus exclue.

Pour être tout à fait honnête avec moi-même, envisager une vie sans enfant m’est impossible, mais l’imaginer avec des enfants soulève paradoxalement quelques angoisses.

Il paraît que la peur est proportionnelle au désir. Le désir est si fort, et il n’a fait qu’accroître durant ces presque 5 années d’attente!, que la peur ne peut que faire partie de l’aventure, d’autant plus avec toute cette incertitude qui rôde…

Alors oui, j’ai des peurs !! Mais que celui qui n’en n’a pas me jette la première pierre…

J’ai des peurs, mais pourtant, c’est étrange, mais à J-23 de prendre l’avion, je suis plutôt sereine vis-à-vis de l’aventure qu’on s’apprête à vivre.

Certes, je suis angoissée par mes douleurs physiques, qui tombent à point nommé d’ailleurs celles-là !! J’ai peur que le voyage soit douloureux physiquement. Plus de dix heures de vol, ça pique… Sachant que la position assise plus de quatre heures est difficilement tolérable. D’ailleurs, ça me questionne… Est-ce que mon dos n’est pas qu’un prétexte pour étouffer ma peur d’être dévastée émotionnellement si cette FIV de la dernière chance venait à échouer? Du coup, la douleur physique serait là pour m’empêcher de me concentrer sur cette peur de l’échec?

Pourtant, j’ai vraiment le sentiment de me sentir prête !! J’ai hâte d’aller dans ce pays qui compte tant pour nous, avec lequel on a une véritable histoire d’amour, bien avant que le don s’invite dans nos projets. Hâte de revoir mon coup de foudre amical, qui a une vie que j’admire tant, à seulement quelques kilomètres de la clinique !! On a d’hors-et-déjà prévu de se voir. J’ai hâte parce que je sais qu’au-delà de ce destin qui va peut-être basculer pour nous, il y a tout un tas de jolis signes qui me donnent de bonnes raisons d’espérer…

Alors le paradoxe est là: j’y crois de toutes mes forces pour tout un tas de raisons plus ou moins rationnelles, et à la fois, je suis prête à être fixée sur l’issue. Plus que prêtre, je crois que j’en ai besoin.

Même si cette FIV ne prendra très certainement pas fin en mars (on a de bonnes chances d’avoir des embryons surnuméraires!), je sais que quoiqu’il arrive, elle nous permettra de tourner une page de notre vie qu’on a plus que jamais envie de tourner. La tourner pour écrire un nouveau chapitre…

Et j’ai l’impression qu’on est prêt à voler vers notre destinée… Avec pour compagnons la colère, la tristesse, la culpabilité et la peur, certes. Mais ces compagnons font partie de l’histoire et ils ne sont plus aussi envahissants qu’il y a quelques semaines.

Je ne lutte plus contre eux, mais je les emmène avec moi parce qu’ils font partie de moi…

coelho

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