J’ai cherché comment mettre des mots sur ce que nous venons de vivre, mais tout se bouscule dans ma tête…

Depuis des semaines, je voyais nos jumeaux… Je me surprenais à rêver toute éveillée, persuadée que notre chance allait tourner et que, avant mes 36 ans, la vie ferait de moi une maman.

Une maman qui, au fil des années et des épreuves, a appris à se réconcilier avec elle-même, et avec son passé. Une maman qui se sentait plus prête que jamais…

Lors de mes rêveries diurnes, je m’imaginais, scrutant mon ventre arrondi, organisant des rencontres ici ou là, avec tous nos amis qui ont des enfants. Limite si je n’imaginais pas le gâteau que j’allais confectionner pour le premier anniversaire de nos petits !

Plus que de le rêver, je le ressentais au fond de moi ce sentiment de plénitude et de « normalisation ». Oui, j’allais enfin, comme tout le monde (ou presque), devenir « normale ». Reprendre une vie sociale dénuée de pincement au coeur. Faire partie de ce monde parallèle que je regarde avec envie, mais aussi curiosité parfois…

Aujourd’hui, j’avais rendez-vous chez LE spécialiste des infiltrations sur le caillou. On devait programmer l’intervention afin qu’on puisse s’envoler vers notre destin avec le moins d’inconfort possible.

Depuis des semaines, au fil des rendez-vous avec mon médecin traitant, je sentais bien son inquiétude. Mais je minimisais les choses, tellement concentrée sur ce projet que nous portons à bout de bras depuis des mois, voire des années !

Et puis, oui: j’avais mal ! Mais bon, ce n’était pas intolérable à partir du moment où j’étais au repos. Certes, la position assise prolongée était un peu douloureuse, mais la douleur fait partie de moi depuis si longtemps que du coup, j’avais plutôt l’impression que je pouvais en supporter davantage. Et que ma doc m’écoutait un peu trop…

Oui, je l’avoue, j’ai eu l’impression de profiter du système quand j’ai accepté, non sans larmes, qu’elle m’impose un arrêt de travail jusqu’à notre départ.

Elle avait beau me dire: « Et bien, vous n’êtes pas douillette, Mme Julys! », je me disais qu’elle s’inquiétait de trop…

Bref, quand je suis rentrée dans le cabinet du beau spécialiste, qu’on appellera Dr Cash, j’étais remplie d’espoir. J’allais enfin me débarrasser de cette douleur et nous allions pouvoir nous concentrer sur cette FIV de la dernière chance. Sur le trajet, j’expliquais même à Chéri que de toute façon, j’exigerai une anesthésie locale ou un patch anesthésiant, parce que je n’avais plus du tout l’intention de souffrir lors de l’intervention, après des semaines à avoir enduré des examens pmesques.

Sauf que très vite, Dr Cash s’est emparé des résultats de mon IRM et après avoir zoomé sur les images, il m’a regardé en me disant: « Je vois parfaitement ce que c’est… Très honnêtement, pour prendre l’avion, ça va être compliqué! »

Ne me départissant pas de ma bonne humeur et comptant sur mon caractère persuasif, je souris en lui disant: « Mais justement, avec l’infiltration, tout va bien se passer! »

Sauf que là, il m’a regardé en me disant: « Ce n’est pas un problème de douleur ou d’infiltration… »

Là, je ne me souviens plus trop de tout, mais en gros, il m’a annoncé que j’avais peut-être 3% de risque seulement de vivre des complications, mais que si ça arrivait en plein vol, ce serait neurologiquement irréversible…

Effarée et incrédule, je me demande ce qu’il me chante et je lui demande des précisions. En gros, j’ai à l’heure actuelle un énorme fragment de disque (le disque entier quoi…) qui se balade tranquillement et qui, s’il touche les racines nerveuses, pourrait avoir pour conséquence une intervention dans l’heure, avec des séquelles à vie, du style paralysie ou incontinence…

Je ferme les yeux. Et je m’effondre.

Tu n’imagines pas tout ce qui m’a traversé l’esprit en quelques secondes. J’ai eu l’impression de me prendre le putain de train qu’on attend depuis des années en pleine gueule. Comme si, d’un coup, je me rendais compte que je n’étais plus sur le quai, pas dans le train, mais bien sur les rails, en train de voir mes dernières espérances terrassées sous la vitesse du choc.

Alors vu que je suis chanceuse, il devait rencontrer tout le staff des neurochirurgiens ce soir !! Il m’a promis de me tenir au courant dans la soirée ou au plus tard début de semaine prochaine. Il va leur demander leur avis.

En tout état de cause, si opération il doit y avoir (et selon lui il faut opérer), c’est inenvisageable de le faire avant notre départ.

De la même façon, étant donné qu’il refuse de faire l’infiltration vu les risques élevés, je ne pourrais quoiqu’il arrive pas supporter physiquement un trajet de 15h (tous transports confondus).

Alors voilà. L’histoire se termine ici avant même d’avoir commencé.

On est sorti du cabinet l’air totalement hébété, puis on s’est traîné comme de vieilles loques dans la voiture. Et là, on a littéralement craqué. Il n’y a aucun mot pour décrire cette scène, qui restera à jamais gravée dans mon coeur…

Je me suis insultée, me traitant de boulet, et m’excusant auprès de Chéri de lui faire subir cette énième souffrance…

Je le sais: je n’y suis pour rien ! Je n’ai pas choisi ! Oui, je le sais… Mais il y a une différence entre ce qu’on sait consciemment et intellectuellement, et ce qu’on ne peut pas s’empêcher de ressentir dans ses tripes.

Au-delà des conséquences financières, de ce rêve dont il va nous falloir faire le deuil, de la peur, aussi, que les choses dérapent physiquement, nous avons le coeur brisé à l’idée, coup de grâce, de ne pas pouvoir voir nos familles, au moment de notre vie où on en aurait eu le plus besoin…

On n’imagine pas la suite pour le moment. C’est trop. Trop frais. Trop dur. Trop tout…

Pour la première fois depuis que je connais Chéri, il a décidé de ne pas aller travailler demain. Juste trop…

Pour l’heure, on attend le compte-rendu du staff médical. Et on va prendre notre courage à deux mains pour prévenir la RT. On aimerait pouvoir se laisser quelques jours de répit, parce que c’est excessivement difficile là tout de suite de leur écrire qu’il n’y aura pas de tentative. Pas en mars, pas dans les prochaines semaines, et peut-être même jamais…

Mais une femme s’apprête à subir un traitement intrusif pour nous, et je ne peux pas supporter l’idée qu’elle se pique pour rien. J’imagine qu’ils choisiront de vitrifier ses ovocytes, peut-être? En tout cas, on se doit de les prévenir.

Je l’avais suffisamment exprimé, on était affirmatif sur le fait que ce serait la der des der et sur le fait que 2016 signerait la fin de l’histoire et le début d’une autre…

J’ignore aujourd’hui quelle décision nous allons prendre quant à la suite. Est-ce qu’on tentera ou pas l’aventure tchèque dans quelques mois/années?

Pour l’heure, on a juste besoin de se retrouver et de laisser de côté ce projet qui nous aura vraiment trop coûté, à tous les sens du terme…

On ne peut pas être lucides sur ce qu’on veut. Pas après être tombé de 36 étages !

Alors on va se laisser du temps. Pour digérer, pour guérir et pour savoir quelle suite nous donnerons à notre histoire.

Au milieu de temps d’incertitude, la seule chose à laquelle on se raccroche encore, c’est que nous serons parents… Nous le sommes déjà…

 

 

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