Tu sèches?

Le comble pour un(e) humaniste, et j’en fais la triste expérience, c’est de se sentir déshumanisée…

Je n’avais pas réalisé à quel point il y avait un décalage entre mon besoin de sauver le monde entier (engagement éducatif, écologique, psychologique, etc…) et toutes ces situations dans lesquelles je me sens si souvent déshumanisée.

Je me suis parfois sentie déshumanisée dans mon métier, dans lequel on nous donne souvent l’impression de n’être qu’un numéro administratif parmi des centaines de milliers.

Je me suis sentie déshumanisée durant tout ce parcours PMA chaotique, qui nous a franchement malmené. Combien de fois ai-je dis que j’avais l’impression que mon corps ne m’appartenait plus?

Je me suis parfois sentie déshumanisée dans mes relations sociales, comme utilisée quand on avait besoin de moi, puis abandonnée quand on n’avait plus besoin.

Je me suis sentie déshumanisée par ce discours médical de Dr Cash, violent et implacable, qui nous a coupé les ailes avant même qu’on ne prenne notre envol.

Et je me sens déshumanisée par la compagnie aérienne, qui se contente d’appliquer sagement son règlement et qui refuse un quelconque arrangement eu égard à notre situation un peu exceptionnelle… Le profit avant tout !

C’est le propre de toutes ces grandes firmes internationales, qui privilégient l’argent avant l’humain. A ce propos, petite digression pour te conseiller de regarder en replay le documentaire Cash Investigation sur les pesticides:

Cette enquête approfondie sur l’usage outrancier des pesticides nous montre, s’il est encore utile, que les vies humaines pèsent bien moins dans la balance commerciale que les bénéfices financiers…

Bref, j’essaye de comprendre pourquoi je me retrouve toujours dans des situations ubuesques. Et plus j’y pense, plus j’ai du mal à ne croire qu’à la seule malchance. On peut épisodiquement être confronté à des difficultés dans la vie. Ca fait partie du jeu et c’est même très utile !! Si, si !! Ca permet au moins, en confrontant nos poisses aux moments heureux, de prendre la mesure de la chance qu’on a quand elle se présente à nous.

Mais quand on a l’impression d’accumuler difficultés sur difficultés, on en vient à se demander, comme ma soeur me l’a si justement écrit ces derniers jours : « Mais qu’est-ce qu’on a fait au bon dieu? »

Je crois que s’il est une leçon à retenir de ces dernières péripéties, c’est qu’il est grand temps que je pense à moi et à moi seule !! C’est bien beau de vouloir sauver la planète entière, et moi, dans tout ça, je suis où??? Je m’oublie constamment… Parce que je ne sais même pas qui je suis, dans le fond, sans les autres…

On ne va pas se mentir, il y a forcément, quand on est tourné à ce point-là vers l’extérieur, un besoin impérieux, en essayant d’aider son prochain, de plaire au plus grand nombre, pour compenser, sans doute, la piètre image qu’on peut avoir de soi-même…

Qui suis-je?

Je sais que je ne suis pas vraiment moi-même… Je suis née avec une mission: celle de sauver mes parents et, plus largement, ma famille. Je suis donc devenue la sauveuse de l’humanité (pourquoi se contenter d’une « petite » mission?). Et finalement, les missions que je me suis vue imposer ont souvent échoué !! Comment sauver sa famille ou plus largement le monde entier? Avec mes frêles épaules, ça relève de la mission impossible…

Alors j’en viens ces derniers jours à la conclusion que je dois me sauver moi-même… En acceptant de ne plus être une sauveuse de l’humanité.

Je dois apprendre à être Julys, une nana de 34 ans, qui a des désirs propres (au-delà du désir de maternité, qui s’est mué en besoin au fil du temps, ce qui n’est pas sain…) et qui se fiche de savoir ce qu’on pense d’elle !!

Je crois que c’est ça ma nouvelle mission. Penser à moi avant de penser aux autres, et arrêter de penser: « J’ai dit ça ou fait ça, peut-être que ça n’a pas plu… »

Je veux devenir moi-même et me libérer de la pression parentale, médicale, sociétale que je m’impose finalement toute seule.

J’ai encore de nombreuses années devant moi pour y arriver.

Mais je veux vraiment y parvenir. Retrouver un peu d’humanité en devenant juste Moi.

Ne plus laisser le pouvoir aux autres.

Mais j’ai du pain sur la planche…

Encore aujourd’hui, je n’ai pas pu m’empêcher de bosser comme une malade pour aider la nana qui bosse avec moi sur la classe (elle complète mon temps partiel un jour par semaine), et qui sera inspectée sur ma classe en fin de semaine. Et ce en m’oubliant totalement !

Après avoir préparé toute la période scolaire et transmis une semaine complète clé en main à mon remplaçant, je lui ai également proposé de tout lui préparer, parce que tu comprends, je m’inquiète pour mes élèves qui doivent rentrer en 6ème l’année prochaine et qui compte sur moi… (Elèves qui d’ailleurs eux-mêmes s’inquiètent pour moi et me réclament. C’est trop mignon !)

Heureusement que ce remplaçant m’a stoppé dans mon élan, en me répétant à plusieurs reprises: « Tu es en arrêt maladie: prends soin de toi avant toute chose! Je me débrouillerai! »

Arf… Chasser le naturel…

Bref, comment je me sens vraiment, depuis l’épisode « On annule tout et on abandonne le combat » au revirement de situation, quelques heures plus tard, du « Finalement, on devrait pouvoir partir »?

Vidée. Exténuée. Chamboulée. Bouleversée.

C’est simple: cette journée cauchemardesque a été pour nous l’équivalent de tous les échecs cumulés ces dernières années. En une seule journée…

Comment se relever? Je ne sais pas…

Certains penseront sans doute qu’on n’a pas à se plaindre puisque du coup on peut a priori partir (confirmation demain).

Sauf que cet épisode nous a volé le bien le plus précieux que je chérissais depuis des semaines secrètement: l’envie d’y croire et de rêver… Oh non, je n’y croyais pas un peu, en gardant à l’esprit les doutes que la raison auraient exigés. Non, c’était une certitude: j’allais revenir de notre escapade tchèque en cloque !!

Finalement, on est allé trop loin dans le désespoir pour que j’arrive à renouer avec ce bien-être et cette certitude que je ressentais ces derniers jours. Je me dis que sans doute, à l’approche du D-Day, le rêve reprendra doucement sa place dans mon coeur… Mais bon, la réalité, c’est que je sens bien que quelque chose est brisé…

C’est comme si on était tranquillement en train de s’envoler et qu’on nous avait coupé les ailes au décollage… Un crash violent qui laisse des séquelles…

Alors évidemment, je mesure cette énième chance qui nous est probablement offerte sur un plateau d’argent. Mais bon, c’est compliqué, émotionnellement, d’avoir vécu en quelques heures l’abandon définitif puis de réinvestir de nouveau le combat…

Avec le recul, ce médecin a parlé avec son propre filtre ! Il y a quelques années, il nous a expliqué qu’il avait pratiqué une infiltration sur une personne qui présentait le même profil, et ça s’est très mal terminé. Le produit avait dû faire migrer le fragment au niveau des racines nerveuses, et les conséquences ont été irréversibles pour son patient.

Je pense qu’il a été traumatisé par cette histoire et du coup, pour être certain de se montrer très dissuasif, il n’a rien trouvé de mieux que de nous terrifier. Vu ma détermination et mon entrain, il a dû penser que c’était la seule solution pour que je sois raisonnable… Sans garder la réserve qu’on aurait été en droit d’attendre de sa part, puisqu’il n’avait pas encore vu les neurochirurgiens…

Le truc, c’est que si je suis un peu en colère contre lui, je trouve que je ne le suis pas assez !! Ca a de nouveau été si dur que je me suis vite réfugiée dans mon costume d’autruche et que je fais tout, de nouveau, pour ne pas penser, sans vivre mes émotions qui sont bien trop vives sans doute…

La note positive de ce week-end a été qu’on est allé chez un couple très sympathique, dévaliser leur jardin de plantes dont on a fait l’acquisition pour fleurir notre terrasse et construire un mur végétal en palette.

Remettre un peu de vie dans tout ça…

Récemment, j’ai eu la chance de voir le duo Souchon/Voulzy en concert. J’ai vraiment réalisé à quel point ces deux artistes font partie du patrimoine de la chanson francophone: tout le public connaissait leurs chansons par coeur !! Ces chansons de mon enfance… Et tandis que je vous parle des fleurs, je ne peux m’empêcher de penser à cette chanson en particulier :

Le pouvoir des fleurs

Je m’souviens on avait des projets pour la terre
pour les hommes comme la nature
faire tomber les barrières, les murs,
les vieux parapets d’Arthur
fallait voir
imagine notre espoir
on laissait nos cœurs
au pouvoir des fleurs
jasmin, lilas,
c’étaient nos divisions nos soldats
pour changer tout ça

changer le monde
changer les choses avec des bouquets de roses
changer les femmes
changer les hommes
avec des géraniums

je m’souviens, on avait des chansons, des paroles
comme des pétales et des corolles
qu’écoutait en rêvant
la petite fille au tourne-discophone
le parfum
imagine le parfum
l’Eden, le jardin,
c’était pour demain,
mais demain c’est pareil,
le même désir veille
là tout au fond des cœurs
tout changer en douceur

changer les âmes
changer les cœurs avec des bouquets de fleurs
la guerre au vent
l’amour devant
grâce à des fleurs des champs

ah! sur la terre
il y a des choses à faire
pour les enfants, les gens, les éléphants
ah! tant de choses à faire
moi pour
te donner du cœur
je t’envoie des fleurs

tu verras qu’on aura des foulards, des chemises
et que voici les couleurs vives
et que même si l’amour est parti
ce n’est que partie remise
pour les couleurs, les accords, les parfums
changer le vieux monde
pour faire un jardin
tu verras
tu verras
le pouvoir des fleurs
y a une idée pop dans mon air

{au Refrain, x2}

Quand je pense aux fleurs, je pense à un jardin… Et quand je pense à un jardin, je pense à des petites graines qui viennent féconder des ovules pour former le fruit de la vie… Finalement, sans le savoir, on est peut-être déjà en train de préparer de nouveau le terrain, en commençant par s’occuper de notre jardin extérieur…? C’est un début…

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