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Je me demandais depuis le transfert comment j’allais annoncer le verdict de cette FIV de tous les espoirs ici, en ce lieu qui abrite mes états d’âme depuis des années maintenant.

Un positif annoncé tout en pudeur et émotion, c’est ce que je convoitais secrètement. D’ailleurs, j’y croyais fort. Très fort !

On parlait déjà de nos futures vacances aux Seychelles, en juillet, avec 1 ou 2 passagers clandestins…

Tous les jours, régulièrement, je passais ma main amoureusement sur ce ventre si tendu depuis ce 7 mars dernier. Ce ventre qui me donnait l’impression de porter la vie et d’être enceinte de 4 mois.

C’était beau, c’était doux.

Parfois, Chéri s’autorisait timidement à effleurer ce ventre de tous les espoirs. Timidement parce que bon, on ne sait jamais…

Ce matin, je me suis enfin sentie prête. Prête à me confronter à tous ces possibles. Et surtout remplie d’espoirs à l’idée qu’enfin la routourne se pointe par chez nous.

Chéri ne s’attendait pas à ce que je lui annonce que c’était pour aujourd’hui. La pression est montée d’un cran pour lui, comme pour moi.

En nous rendant au laboratoire, on s’est dit qu’aujourd’hui, quoiqu’il arrive, notre vie allait basculer.

Moins de deux heures après le prélèvement, on a reçu un sms qui nous signalait que les résultats étaient disponibles. On était en voiture. Tandis que Chéri conduisait, j’ai rentré frénétiquement les codes pour avoir accès aux résultats.

A cet instant, en bons habitués de la loose, j’étais partagée entre l’espoir fou d’un taux à 3 chiffres, et l’angoisse du traditionnel < à 0 ui.

Et c’est donc un taux extraordinairement routinier que j’ai alors vu s’afficher sur le fichier pdf: < à 0.6 ui.

Evidemment, c’est la claque. Le coup de massue. Le KO total qui fait qu’au moment où j’écris ces quelques mots, je ne réalise pas vraiment… Je suis sans doute en état de choc.

5 ans d’essais, dont 4 années de PMA. 3 IAC. 5 FIV, dont 1 FIV DD. Des centaines de médocs injectés ou ingérés. Des dizaines et des dizaines d’examens intrusifs, qui m’ont si souvent donné l’impression de ne plus disposer de mon corps. D’être violée, salie. Des milliers de kilomètres et des milliers d’euros.

C’était donc pour ça? Tout ça pour ça?

On ignore quelle sera la suite. Aucune accroche ne nous laisse rien présager de bon. Nous sommes ruinés au sens propre comme au figuré. Et nous aurons probablement besoin de temps pour nous projeter dans l’avenir.

A priori, aujourd’hui, on va ranger toutes ces mignonneries collectées au fil des années et de ces derniers mois, comme un doux souvenir de l’espoir que l’on s’est autorisé à ressentir et qui nous a permis de nous sentir si vivant !!

Aucun regret. Beaucoup d’amertume, évidemment. Et un profond sentiment d’injustice ! Pourquoi pas nous???

On va essuyer nos larmes qui ne sortent pas. On va rembourser nos dettes. On va essayer de réinventer une nouvelle vie, en voyageant autant que possible pour ne pas avoir le sentiment d’avoir raté une trop grande partie de notre vie. Et on va tout faire pour être heureux, parce que putain, on le mérite !!!

Nos athlètes n’étaient peut-être pas assez costauds, malgré les apparences… Je me dis qu’il y a sans doute eu un problème au niveau de la donneuse ou du donneur, pour avoir un tel résultat. Pour rappel: 0 embryon vitrifié. Fin de partie.Game over.

Dans le fond, ce n’est sans doute pas plus mal… Multiplier les tentatives pour des résultats incertains, à quoi bon?

Alors voilà, on a rêvé du happy end. On y a cru très fort. Si fort. Mais encore une fois, on se sera retrouvé du mauvais côté des statistiques. 65% de chance de réussite. On fait partie des 35% de loosers… Même pas un semblant d’accroche pour nous donner envie de nous endetter entêter encore. Tu sais, l’histoire du malentendu…

Peut-être que la suite ce sera une FIV Do sur le caillou ou ailleurs. Car même là nous ne sommes plus sûr de rien… Resterons-nous là-bas, alors qu’ici on ne voit ni nos anciens vieillir, ni nos jeunes grandir?

Et puis, il y a l’adoption, qui est toujours resté dans nos coeurs depuis ce premier jour où on l’avait évoqué ensemble. Je n’en parlais que très peu ici, parce que je ne voulais pas tout mélanger et que nous menions de front le combat pour porter la vie, qui prenait beaucoup de notre temps et de notre énergie.

On sait qu’on peut espérer être appelé dans les 2 prochaines années, peut-être plus tôt si pour une fois on est veinard… Alors on va profiter de cette douce attente pour réinventer notre vie et la rendre la plus belle possible.

Je dois le dire, on est réellement usé et je crois que si le désir, l’espoir et l’envie n’ont jamais été aussi forts, ils ont été bien abîmés par ce chiffre sans appel: < à 0.6 ui…

J’espère du fond du coeur que toutes les mamans qui me lisent, mamans fertiles ou infertiles, via la PMA ou l’adoption, quand vous plongerez votre regard dans celui de votre/vos petits ce soir, vous aurez une pensée pour tous ceux qui sont sortis de ce si long et éprouvant parcours le coeur lourd et les bras vides…

Et comme je ne pouvais pas terminer ce billet sur une note de désespoir, j’ai envie de penser très fort à Anabelle et Carotte, en qui je fonde le peu d’espoir qu’il me reste aujourd’hui. J’ai envie de croire que tout est possible pour ces deux femmes courageuses et ô combien méritantes !!

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