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Dans les épreuves, il y a les autres. La famille, les amis, les connaissances, les collègues, ceux qu’on croise en allant faire nos courses…

Ces gens-là sont capables du meilleur, comme du pire.

J’en ai eu la parfaite illustration pas plus tard qu’hier…

D’abord… D’abord il y a mon médecin traitant, cette femme pleine d’empathie. Elle a voulu me filer des petites pilules roses pour m’aider. J’ai refusé, concédant par contre à prendre de forte doses d’homéopathie. J’ai quand même accepté de prendre une boîte d’un truc soit disant léger, juste au cas où… Si besoin… Parce que, si j’ai été bien incapable de reprendre le chemin du travail hier (rapport au fait qu’une classe, ça se prépare, et que ce n’est pas perdu au milieu des kleenex que je pouvais retrouver mon cartable de maîtresse…), la semaine prochaine, il va falloir y aller… Reprendre ma vie là où elle s’était arrêtée avant la hernie et avant ce cauchemar…

La hernie, d’ailleurs, ça va, ça vient. Il faudrait que je retourne chez ma kiné, parce qu’avant mon départ, elle me l’avait annoncé: « Ce sera long, très long… » « Comme toujours », eu-je envie de rétorquer…

C’est la réflexion qu’on se faisait avec Chéri ces derniers jours. On a toujours dû se battre pour obtenir ce que les autres ont si facilement. Ca a toujours été long… Mais on y est toujours arrivé malgré tout…

Donc parmi ces gens-là, il y a eu la gentille doc un peu hâtive. Hâtive parce que oui, je chiale à l’évocation de cet ultime revers et je ne sais plus vraiment de quoi demain sera fait, certes. Mais bon, je viens juste d’apprendre que potentiellement je risque de ne pas avoir d’enfants. J’insiste sur le pluriel, parce que je sais qu’on peut espérer un enfant par l’adoption ! Sauf que notre rêve, c’était d’en avoir au moins deux…

Et puis… Et puis il y a elle, ma BFF, à qui j’avais reproché d’avoir brillé par son absence lors de notre FIV 4. Elle était enceinte à l’époque et sans doute très mal à l’aise. Là, elle assure comme une chef !! Mr et Mme BFF font tout pour nous soutenir et quand elle m’a appelé hier pour me dire qu’ils avaient fondu en larmes en apprenant notre verdict, ça m’a touchée. Touchée aussi de l’entendre nous soutenir de tout son coeur et de toute son âme sur tous ces possibles qui s’ouvrent devant nous. Sans jugement, juste dans l’écoute et l’empathie…

Sa réaction fait écho à une autre de mes témoins de mariage. Elle aussi a su trouver les mots justes, sans chercher à me donner des conseils. Juste en étant là, et en partageant quelques larmes, entrecoupées d’un: « J’y croyais tellement putain! » Nous aussi…

Et puis… Et puis… Et puis il y a l’autre, qui est méchante comme une teigne. Qui me dit qu’il faut tout arrêter, qu’on y pense beaucoup trop et qu’on doit faire notre deuil. Qu’il faut se tourner vers d’autres projets, vivre, parce que ça prend beaucoup trop de place dans nos vies et que d’ailleurs, ça en prend tellement que de toute façon, même si demain on nous appelait pour l’adoption, on serait incapable d’accueillir un enfant. Qu’il faut que je travaille sur moi-même pour comprendre d’où viennent mes blocages. Que de toute façon, si ça ne marche pas, c’est parce que ça ne doit pas marcher, qu’il faut juste comprendre pourquoi. Que le cerveau est si puissant… Et que faire le deuil, ça ne veut pas dire renoncer à avoir un enfant de toute façon. Puisque c’est bien connu, ça arrive très souvent que des femmes tombent enceintes quand elles ont arrêté d’y penser !! Et que même que de toute façon, on n’a plus d’argent pour envisager une nouvelle tentative alors bon, on n’a pas vraiment le choix de s’arrêter là…

Ca m’a dévastée, évidemment… Sauf que je n’ai eu ni l’énergie ni le courage de lui dire d’aller se faire foutre…

Alors j’ai pris sur moi, tout en exprimant le fait que je n’étais pas d’accord.

L’ironie de l’histoire, c’est qu’elle me vampirise depuis des années avec ses histoires de couple et passe son temps à se plaindre de ses gamins. Et c’est moi qui doit faire un travail sur moi??? Que je fais d’ailleurs depuis 17 ans, avant même qu’elle ne sache ce que cela signifie !!! Comment peut-elle ne serait-ce qu’imaginer ce qu’on est en train de vivre en tenant des propos pareils?

Je vais lui écrire pour lui dire tout le mal qu’elle m’a fait en pensant me faire du bien. Et je vais l’exclure de ma vie. Définitivement. Certes, ce sera compliqué puisqu’on bosse ensemble et que je suis amenée à la côtoyer tous les jours. Mais désormais, on aura une relation purement professionnelle. Trop, c’est trop…

Le pire, dans tout ça, c’est qu’il y a un fond de vérité dans ses propos. On devrait tourner la page. Sans doute. Sauf que 5 petits jours seulement après avoir appris l’échec de cette tentative de tous les espoirs, je n’avais pas besoin d’entendre de telles inepties !!! Je n’ai rien contre les Gertrude hein !! Mais bordel, pas maintenant quoi… Et surtout pas le fameux « C’est dans la tête »… Parce que s’il y a bien quelqu’un qui a cherché pendant des mois à ouvrir ses verrous inconscients, c’est Bibi !! Et que j’ai enfin compris que non, bordel, CE N’EST PAS DANS LA TÊTE !!!

Toutes les médecines parallèles n’ont d’autres desseins que d’essayer de te donner la douce illusion que tu peux avoir un minimum de maîtrise sur les évènements de la vie. Tu pourrais contrôler tes pensées, tes émotions, ton passé, ton présent et ton avenir. Mais c’est une illusion… On ne maîtrise rien. Rien de rien !! C’est le constat que je fais avec du recul. Mais dans le fond, c’est juste impensable d’admettre que la vie, ce n’est qu’une putain de loterie !! Certains tirent le gros lot et d’autres pas. Alors, refusant de l’admettre, on se réfugie dans tout un tas de pratiques plus ou moins rationnelles, parce qu’au moins, là, on a l’impression d’agir… Alors que ce n’est qu’une question de chance. Juste une question de chance…

Et puis… Et puis il y a Chéri, qui est beau comme un soleil, et qui m’aime pareil que moi j’aime Chéri… Même qu’on se dit souvent, qu’on aura des enfants, avec des yeux rieurs, avec parfois des pleurs… Et qu’on les aimera, qu’il fera bon être parents, et que si c’est pas sûr, c’est quand même peut-être… Parce que certains autres ne veulent pas… Parce que certains autres ne veulent pas… Ces autres, ils disent comme ça, que c’est trop beau pour nous, que je suis tout juste bonne, à consulter un psy…

Parfois quand on se regarde, semblant que c´est pas exprès, avec nos yeux mouillants, on se dit qu´on y  arrivera, on se dit que ça marchera… Alors pour un instant, pour un instant seulement, alors moi j’y crois fort… Pour un instant. Pour un instant seulement…

Mais il est tôt… Il faut que je retourne au lit…
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