Près de 3 mois sans donner signe de vie. C’est le dernier article de Mam’zelle Fleur qui m’a donné envie d’écrire.

La question qu’elle soulevait et que d’autres blogs ont déjà soulevé est : comment survit-on après l’échec de la PMA ?

Quand le vide devient trop envahissant, on a parfois tendance à remplir nos vies abondamment. Ce fut notre cas.

Depuis le cuisant échec de notre ultime tentative en République Tchèque, j’ai donc fui. Parce que c’était trop. Parce que je voulais reprendre le contrôle de ma vie et ne plus dépendre des examens gyneco en tous genres ou des traitements si contraignants.

Quel sentiment de liberté j’ai ressenti depuis ce mois de mars 2016 !! Je me suis sentie revivre. Une partie de moi s’était sans doute éteinte en Europe de l’Est mais celle que j’avais ramené sous les tropiques était tellement vivante !!

En janvier, il y a près d’un an, nous avons malgré tout rencontré Dr D. Avec des « Et si…? » dans la tête. (J’ai tellement été dans le déni depuis tout ce temps qu’il m’a fallu un certain temps pour me remémorer son nom de famille… Ça en dit long !!)

Sans surprise, en zieutant notre dossier, elle nous a laissé entendre que nous avions nos chances. En même temps, c’est un peu la Sainte Rita des Dr ès PMA… À croire qu’aucun dossier ne l’effraie !!

On est ressorti de son cabinet avec moultes examens à faire dès le lendemain, veille de notre retour sur le caillou, dans les plus prestigieux labo ou centre d’écho parisiens. Pour la modique somme de 300€…

La seule condition pour qu’elle accepte de nous suivre était que je rentre régulièrement en métropole pour les diverses étapes d’une potentielle nouvelle FIV. Aucun suivi n’étant envisageable à distance.

On s’est donc retrouvé en plein hiver, nous les expatriés insulaires, à faire le bilan de ce projet vers la parentalité dans un petit café parisien. 

Chéri était formel: trop c’est trop !! STOP !! 

Heureusement qu’il a su poser les limites. Parce que dans l’élan, je pense que j’aurais été physiquement capable de continuer à me faire violence, alors que mentalement j’étais déjà allée sans doute beaucoup trop loin dans le non-respect de moi-même…

Il aura fallu des mois de désillusion à attendre sans attendre un appel magique qui ne venait pas, une accumulation d’insomnies et une surcharge de travail pro et associatif, couplé à une classe ingérable cette année, pour que je finisse, par la force des choses, à me prendre le retour de manivelle en pleine tronche.

On peut essayer de forcer la roue à tourner dans le sens qu’on veut, la vie se charge toujours de nous montrer qu’on n’a aucun contrôle sur la manivelle…

Je suis littéralement vidée et épuisée. Fuir ces derniers mois a été mon moyen de survie. Je n’ai pas le sentiment de l’avoir choisi… C’était devenu vital. Mais aujourd’hui, je suis sans doute suffisamment forte pour affronter mes démons. Je m’autorise donc enfin à pleurer et à laisser s’exprimer timidement mes émotions. 

Pêle-mêle, on retrouve la tristesse, l’isolement et la solitude… Toutes ces années d’échec ont laissé place à un silence gênant. Plus personne ne prend de nouvelles. Juste un sincère : « Comment ça va vous…? » Non. Rien… Que ce soit pour la famille ou les amis, ça donne juste l’impression que nos 3 IAC et 5 FIV n’ont jamais réellement existé…

C’est terminé. Game over. On tourne la page. 

Si seulement c’était si simple…

Écrire sur cette attente, sur ces sentiments qu’on ressent ou qu’on étouffe quand on est sorti de ce parcours les bras vides, me semble essentiel… Pas tant pour moi que pour toutes celles qui pourraient se sentir isolées puisque appartenant bien malgré elles au cercle restreint de la loose tant redoutée… Ou celles qui sont terrifiées à l’idée d’en faire partie un jour…

La vérité c’est que quand on est confronté à l’injustice suprême d’être le fameux « 1 couple sur 2 » que la chance a boudé, on fait ce qu’on peut pour s’en sortir au quotidien. Sans recette miracle ou universelle. 

Certains sombrent, quand d’autres sont dans une fuite en avant. Beaucoup se rassurent en essayant de se concentrer sur les bons côtés d’une vie sans enfant. Pas de pipi/caca, pas de bobos, pas de cris, pas de crise d’adolescence… Évidemment, c’est plus « facile » de se concentrer sur les mauvais côtés de la parentalité que sur les bons…

Penser aux gazouillis, aux premiers mots, aux premiers pas, à tous les câlins manqués, c’est juste trop douloureux. Alors on se concentre sur le négatif. Ce qui ne nous rassure pas vraiment avouons-le…

Finalement, peu importe nos techniques de survie: on fait ce qu’on peut avec ce qu’on a. Et c’est déjà beaucoup !!

Ce qu’il faut retenir c’est que l’être humain a une grande capacité de résilience. Confronté à la frustration, à la maladie ou au deuil, la plupart du temps il est capable de rester debout. Parfois vacillant, mais debout…

À toi qui es donc toujours dans l’attente, dans un parcours bien avancé ou même au tout début de ce parcours, dis-toi que quoiqu’il arrive, il ne sert à rien de vouloir vivre dans le passé ou d’anticiper sur le futur. Vis l’instant présent autant que possible. C’est encore le seul instant que l’on peut maîtriser et savourer.

À toi que la vie a fini par combler: cesse de culpabiliser d’être cet autre « 1 couple sur 2 ». Savoure plutôt chaque instant qui fait que la chance a fini par te sourire. Mais n’oublie jamais ce que tu as ressenti quand toi-même étais dans l’attente et le doute. Cet isolement, cette impuissance, cette immense peur du vide… Juste parce que c’est ce qui te permet encore plus de mesurer ton bonheur. Et parce que c’est la meilleure façon de ne pas imposer aux autres ce que tu n’aimais pas qu’on t’impose…

La blogo a tellement changé ces derniers mois !! Je me souviens avec nostalgie de ce lieu-refuge qui faisait qu’on se retrouvait dans nos galères, inventant des défis qui, l’espace d’un instant, nous permettaient de nous sentir moins seuls… Et de rire !! Parce que oui, qu’est-ce qu’on a ri !!

Malheureusement, et j’avais écrit à ce sujet en suscitant un débat animé autour de la thématique de la bienveillance, la blogo est devenue au fil du temps un vaste concentré de puériculture et de témoignages sur la parentalité. Ce qui au demeurant peut être rassurant pour toutes celles en début de parcours, mais qui renvoie celles en fin de parcours à ce qu’elles côtoient déjà bien assez au quotidien… Ce n’est simple pour personne, me diras-tu à juste titre ! Et ça résume si bien la « vraie » vie… 

Parfois, je flâne sur mon fil de lecture et je n’y trouve plus ma place.

Que dire quand on est de l’autre côté ? On a vite fait de tourner en rond… Alors on se mure dans le silence et on prend sur soi. En serrant les dents. Comme dans la « vraie » vie…

Sans doute qu’il est temps que je réapprenne à devenir une bonne mère pour moi-même, avant de continuer d’espérer l’être par l’adoption. Adoption vers laquelle j’ai de plus en plus de mal à me projeter tant je suis lasse d’être encore du mauvais côté des stats… Combien de fois, ces dernières semaines, j’ai imaginé revendre tout ce qu’on avait amoureusement accumulé dans la chambre de bébé, et qui profite à tous les bébés de passage ?

Ce long monologue pour arriver à cette conclusion : on peut se sentir en effet oubliées quand on sort de ce parcours le ventre et les bras vides. Mais je suis persuadée que ce n’est pas le cas. Ce ne sont que des maladresses ou des silences gênés. La peur de blesser sans doute…

Alors que le plus risqué dans tout ça, finalement, c’est certainement de finir par s’oublier soi-même… Plus que de se sentir oublié des autres…

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